Le procureur général près la cour d’appel d’Alger a requis, hier, la confirmation de la peine prononcée par le président du tribunal correctionnel d’El Harrach dans l’affaire de l’ancien porte-parole du Parti des travailleurs (PT), Djelloul Djoudi qui l’oppose à l’ancienne ministre de la Culture Nadia Labbidi.
Par Redouane Hannachi
L’ancien député du PT a nié avoir porté atteinte à l’ex-ministre par des propos diffamatoires à travers publiés sur les colonnes du journal l’Expression. «Je n’ai rien à voir dans le communiqué publié au journal l’Expression. Le dit communiqué ne porte ni mon nom ni ma signature», a-t-il déclaré. Il a tenu à préciser dans le même contexte qu’il «s’agit d’un article qui a été publié en 2018 au journal Liberté et dans lequel les rédacteurs du communiqué ont dénoncé les manœuvres fallacieuses utilisées par la plaignante pour s’accaparer des biens de l’Etat». Il a lancé en direction des juges : «Elle m’a poursuivi en justice pour la simple et unique raison que j’ai soutenu son adversaire en l’occurrence Mme Louisa Hanoune dans la cabale judiciaire entamée contre elle».
Appelée à la barre pour donner sa version des faits, la plaignante a déclaré : «Il m’a accusé d’avoir fait partie d’un réseau criminel. Il m’a reproché d’être un traitre qui fournissait des informations d’ordre national à l’Ambassade des USA». Dans le même communiqué, «le mis en cause m’a aussi accusé d’avoir fait bénéficier mon fils de privilèges sans qu’il n’ouvrait droit», a-t-elle ajouté. Elle a enfin lancé un appel au président chargé du dossier : «Je veux que la justice me rétablisse dans mes droits civils et civiques. Je veux que la justice lui ordonne de cesser de parler de moi. Il a terni mon image et ma réputation et celle de ma famille. Je lui demande tout simplement de me laisser tranquille. Je ne peux plus faire face à mes étudiants». Elle a supplié le président d’exercer son autorité pour mettre fin au calvaire qu’elle vivrait depuis plusieurs années : «Je ne veux rien de lui. Qu’il me laisse tranquille. Je suis une simple citoyenne avant d’être ministre.
Je ne suis plus en poste». L’avocat de la défense Mokrane Ait Larbi a sollicité la relaxe pure et simple arguant que la plainte devait être déposée contre le Parti des travailleurs et Louisa Hanoune et non contre son client. Quant à l’avocat de la partie civile, il a estimé que les préjudices moraux causés à sa cliente sont énormes et s’est contenté de demander un dinar symbolique et ce bien sur pour que le dossier du mis en cause reste pénalement ouvert en cas de récidive. A signaler que les juges de la 10e chambre pénale de la cour d’appel d’Alger ont confirmé en 2023 le verdict prononcé par le président du tribunal correctionnel de Sidi M’Hamed dans le procès opposant la Secrétaire générale du Parti des travailleurs Louiza Hanoune à l’ancienne ministre de la Culture, Nadia Labidi. Les magistrats ont décidé ce jour-là de revoir à la baisse le montant des dommages et intérêts à 100 000 dinars.
Immunité parlementaire
Ses avocats ont insisté sur la nullité des procédures arguant qu’elle jouissait au moment des faits de l’immunité parlementaire. Leurs adversaires qui représentaient l’ex-ministre de la culture ont déclaré à la présidente chargée du dossier qu’elle a renoncé à cette mesure (l’immunité parlementaire) de son propre gré devant le juge d’instruction qui a tenu à informer l’ancien procureur général près la cour d’Alger. Ce dernier a établi un rapport détaillé à l’ancien ministre de la Justice et garde des sceaux de l’époque. L’affaire rappelons-le qui remonte à 2015, concerne une plainte déposée contre l’accusée Louiza Hanoune, alors députée, par l’ancienne ministre de la Culture, Nadia Labidi, pour «diffamation» à la suite de ses déclarations faites lors d’une conférence de presse et dans laquelle, elle a reproché à l’ancienne ministre d’avoir octroyé «des marchés à la société dont elle était actionnaire et d’autres faits liés à sa gestion désastreuse du secteur ».
Lors de son passage à la barre Louisa Hanoune a expliqué que ses activités en dehors de l’Assemblée nationale ont un lien direct avec celles liées au travail parlementaire. «C’est dans ce cadre que j’ai dénoncé le fait que Mme la ministre était actionnaire avec des membres de sa famille dans une société dont les activités relèvent de son département. Ce qui constitue un délit de conflit d’intérêt, puni par la loi. Il est vrai qu’elle s’est désistée de ses parts, mais la société activait. En 2015, j’ai dénoncé de nombreux ministres qui avaient des affaires et qui aujourd’hui sont en prison».
Louisa Hanoune a été condamnée à une amende de 30 000 dinars pour diffamation, avec l’obligation de verser à Nadia Labidi un dédommagement de l’ordre de 200 000 dinars. Le dispositif sera prononcé le mercredi prochain par les juges chargés du dossier.
R.H.