Par S. Méhalla
Le dossier Bouakba relève du pénal, pas du débat d’idées. En évoquant une «main extérieure», Bengrina porte atteinte à une institution constitutionnelle et brouille volontairement la perception publique de la justice.
Il fallait oser : commenter une affaire sans jamais la nommer, puis accuser la justice d’ingérence. Abdelkader Bengrina l’a fait.
Son intervention vise ostensiblement le dossier Saad Bouakba, ce journaliste qui a évoqué le partage de l’«argent de la Révolution» — accusation gravissime, dénuée de tout fondement, et déposée par la fille du défunt auprès de la justice. C’est dans ce contexte précis que Bengrina dénonce une prétendue «implication» abusive du judiciaire.
Premier point : il ne s’agit pas d’un débat d’idées mais d’une infraction pénale. Bouakba a affirmé publiquement un fait criminel, désignant nommément Ben Bella, en s’appuyant sur un ouvrage censé prouver ses dires. Après vérification, non seulement le livre ne contient rien de tel, mais l’allégation apparaît comme une pure fabrication. Nous ne sommes plus dans l’opinion, mais dans la diffamation caractérisée et l’atteinte à la mémoire d’un défunt. Le lecteur comprend dès lors la nature exacte de l’affaire.
Deuxième point : en insinuant que «quelqu’un» a forcé la main de la justice pour poursuivre Bouakba, Bengrina touche au cœur du système institutionnel. Ce n’est plus une critique, c’est une mise en cause directe de l’indépendance du pouvoir judiciaire. Lorsqu’un homme politique suggère des manipulations occultes, il ne dénonce pas : il affaiblit la République.
Troisième point : ses propos soulèvent des interrogations qui le renvoient à ses propres responsabilités.
Quelle est cette entité qu’il évoque? Existe-t-il une preuve? Sur quelle base juridique affirme-t-il un tel scénario?
Car en laissant entendre que la justice s’active “sur commande”, il sape la confiance citoyenne dans la rigueur institutionnelle. Et cela, dans un État de droit, est inacceptable.
En vérité, Bengrina ne cherche pas à défendre la liberté d’expression : il teste la plasticité du discours public, flirte avec le soupçon généralisé et instille l’idée d’une justice politisée. Critiquer est un droit, délégitimer la justice sans preuve est une faute politique. D’où la nécessité d’un éclaircissement officiel, pour préserver les institutions de ce brouillard toxique et rappeler qu’en République, les insinuations ne font pas loi.
S. M.
