Le Congrès de la Soummam, tenu en août 1956, reste l’un des moments les plus emblématiques de la Révolution algérienne. Alors que certains critiques récents remettent en question son rôle et sa légitimité, le chercheur spécialisé en histoire, le professeur, Ahcene Tlilani revient sur les faits et les interprétations erronées qui circulent. Pour lui, ce congrès n’a pas seulement structuré la lutte armée contre la colonisation, il a également posé les fondations d’un État moderne et organisé, inspirant les générations futures. À travers son analyse, lors d’un entretien accordée à El Khabar TV, il met en lumière les vérités historiques souvent méconnues et dénonce les contre-vérités qui entachent la mémoire nationale.
Des accusations «absurdes»
Certaines accusations sont venues heurter le chercheur, notamment l’affirmation selon laquelle le congrès serait une « trahison de la Révolution ». Pour lui, c’est une idée absurde : «C’est quelque chose que seul un fou pourrait dire», insiste-t-il.
Le Congrès de la Soumam est, selon lui, une étape majeure dans l’histoire nationale. Alors que la Révolution était en plein essor, les dirigeants se sont rencontrés pour discuter, négocier et se mettre d’accord sur un ensemble de décisions qui ont formé la base de l’État algérien. Accuser ce congrès sans preuve est, selon le chercheur, une attaque infondée.
À propos des déclarations attribuées à Zighoud Youcef – notamment qu’après le congrès, la Révolution était terminée – le chercheur rappelle que cette phrase a été rapportée par plusieurs sources, dont Ali Kafi. Cependant, elle ne doit pas être interprétée négativement. Zighoud voulait simplement indiquer que l’Indépendance arrivait, et que la Révolution, telle qu’elle avait commencé, avait atteint un objectif : l’Organisation des forces internes pour mener la négociation.
Certains évoquent aussi un prétendu conflit entre Zighoud Youcef et Abane Ramdane au congrès, notamment sur les attaques du 20 août 1955. Le chercheur réfute cette idée : le congrès a été initié par Zighoud, qui a invité Abane Ramdane et d’autres leaders pour évaluer l’avancée de la Révolution. Les divergences mineures n’ont jamais remis en cause l’unité des décisions.
Quant à l’absence de la Wilaya I (les Aurès), elle s’explique par le décès de leur chef, Mustapha Benboulaid, et non par un refus politique. L’historien rappelle que le congrès a eu lieu à Ifri-Ouzellaguen, un lieu central facilitant les déplacements des participants, et qu’il a duré environ huit jours à partir du 13 août 1956.
Le chercheur insiste sur le rôle majeur de personnalités comme Zighoud Youcef et Abane Ramdane. Zighoud, malgré ses réserves initiales sur certaines décisions, a accepté l’orientation politique sur l’orientation militaire et l’importance de l’intérieur sur l’extérieur, considérant que les négociations avec la France devaient être menées par des civils. Abane Ramdane, quant à lui, a enrichi le congrès de ses idées novatrices : il a contribué à la création du chant national, à l’organisation des syndicats, des unions féminines et des structures populaires, et à l’introduction de la Révolution dans les villes, et pas seulement dans les montagnes.
Le Congrès de la Soummam a également instauré une hiérarchie militaire, des conseils populaires et un réseau d’organisations qui ont permis de coordonner la Révolution à l’échelle nationale. Ali Kafi et l’Akhdar Ben Tobal confirment que ce congrès a apporté organisation et coordination à une situation auparavant désordonnée.
Ahcene Tlilani souligne enfin que certaines critiques – sur l’absence de référence à l’Islam dans les décisions, ou sur la prétendue supériorité des militaires sur les civils – sont infondées. Le congrès a permis une approche démocratique et sociale de la future Algérie indépendante, avec la participation de toutes les forces vives, y compris celles qui étaient en marge de la Révolution.
Le chercheur rappelle également l’impact symbolique du Congrès de la Soummam. Il a posé les bases d’un État organisé et responsable, tout en inspirant les générations futures à s’engager pour la liberté et la justice. Pour lui, cet héritage dépasse les débats politiques : il s’agit d’un patrimoine national qui continue d’influencer la mémoire collective et la construction de l’Algérie moderne.
En conclusion, l’historien défend avec force le Congrès de la Soummam comme une étape fondamentale de la Révolution, portée par des hommes courageux et visionnaires, et condamne toute tentative de dénigrement ou de falsification historique.
Assia M.
