Le débat sur l’avenir de la scène partisane algérienne est relancé suite à l’approbation par le Conseil des ministres de dimanche dernier, du projet de loi organique relatif aux partis politiques.
Invité de la Chaîne 1 de la Radio nationale, le professeur Rachid Lourari, expert en droit constitutionnel, a livré une lecture critique et approfondie de ce texte, qu’il considère comme une opportunité pour redonner du souffle à une vie politique en perte de dynamisme.
Selon le professeur Lourari, le projet de loi s’inscrit dans un processus législatif classique. Il sera soumis à l’Assemblée populaire nationale pour débat, enrichissement et amendement. «Ce texte ne vient pas de nulle part», souligne-t-il, rappelant qu’il s’agit d’une révision de la loi organique encadrant les partis politiques, laquelle avait permis l’agrément de nombreuses formations. Le projet avait, en outre, été soumis aux partis politiques, à l’exception de ceux qui ont choisi de s’exclure du débat.
Une scène politique en perte de dynamisme
Au-delà de l’aspect procédural, le constitutionnaliste met en lumière un malaise structurel. Malgré les transformations profondes qu’a connues la société algérienne, notamment depuis 2019 et le Hirak populaire, les partis politiques peinent à occuper l’espace public.
«Nous observons un net repli de l’activité partisane», note l’invité de la Radio, regrettant l’absence d’un engagement quotidien sur les grandes questions nationales. Pour le professeur Lourari, cette réforme vise avant tout à réhabiliter la fonction première des partis. Ceux-ci ne doivent pas se réduire à de simples instruments électoraux, mais constituer des cadres essentiels d’expression des aspirations populaires. Ils représentent, selon lui, l’unique structure organisée à travers laquelle les citoyens peuvent transformer leurs revendications en projets politiques concrets.
Or, déplore-t-il, le projet de loi n’a pas donné lieu au débat de fond attendu au niveau des bases militantes.
L’intervenant dénonce également le phénomène des partis de façade, dépourvus de véritables extensions au sein de la société. «Des formations qui n’existent que par leur nom, leur agrément et leur cachet», critique-t-il, estimant que l’absence d’ancrage populaire affaiblit durablement la crédibilité de la classe politique. Pour lui, la force d’un parti se mesure avant tout à sa capacité de mobilisation et à sa proximité avec les citoyens. Sur le plan juridique, le professeur Lourari souligne les avancées liées à l’encadrement de l’agrément administratif. Il rappelle que, par le passé, les procédures étaient souvent entravées par des lenteurs injustifiées et des silences administratifs, portant atteinte au droit constitutionnel de créer un parti politique.
Les amendements proposés devraient, selon lui, instaurer davantage de clarté et de sécurité juridique.
Stabilité politique et primauté de la justice
Le projet de loi prévoit l’interdiction de la transhumance politique, une mesure que le professeur Lourari juge conforme à la Constitution de 2020, estimant qu’un élu qui change d’orientation politique après son élection trahit la confiance des électeurs. Cette disposition vise à renforcer la stabilité des partis et la crédibilité du processus électoral. Le texte permet au ministre de l’Intérieur de saisir la justice pour demander la dissolution des partis ne participant pas aux élections.
Le professeur Lourari insiste toutefois sur un principe fondamental : toute dissolution doit être prononcée par la justice. Il salue le fait que la décision finale revienne à l’autorité judiciaire, écartant ainsi toute forme de décision administrative unilatérale. Concernant la limitation des mandats à la tête des partis, Lourari défend une approche fondée sur la démocratie interne, considérant que des mécanismes clairs, transparents et respectés rendent l’alternance naturelle, sans nécessité d’une limitation rigide des mandats.
Des partis face aux défis géopolitiques
Évoquant les enjeux géopolitiques et sécuritaires, le professeur Lourari estime que les partis politiques doivent jouer un rôle de premier plan dans la défense des intérêts supérieurs de l’Algérie. Ils sont appelés à être force de proposition, à porter des visions stratégiques et à contribuer activement au renouvellement du discours politique.
Dans un contexte marqué par l’optimisme affiché par le président de la République quant à l’avenir de l’action politique, cette réforme pourrait ouvrir une nouvelle page de la vie partisane. Reste à savoir si les partis sauront saisir cette opportunité pour se réinventer, regagner la confiance des citoyens et s’inscrire durablement dans une dynamique de participation active aux prochaines échéances électorales.
K.Z.
