Alors que la guerre à Ghaza s’enlise et que le nombre de victimes palestiniennes ne cesse de croître, l’Union européenne se retrouve de plus en plus critiquée pour son inaction.
Synthèse S. M.
L’ancien haut représentant de la diplomatie européenne, Josep Borrell, dénonce une «attitude de vassale» vis-à-vis des États-Unis et de l’occupant sioniste, révélatrice, selon lui, d’une faiblesse politique et stratégique majeure.
Un génocide en direct et une Europe spectatrice
Depuis octobre 2023, l’offensive israélienne a causé des dizaines de milliers de morts et de blessés dans la bande de Ghaza.
Le bombardement meurtrier de l’hôpital Nasser de Khan Younès, suivi de la frappe sur Rafah le 25 août, a encore endeuillé la population palestinienne. Médecins, enfants, réfugiés : les victimes s’accumulent, provoquant une condamnation internationale quasi unanime. Pourtant, face à ce qui est qualifié par plusieurs instances onusiennes de «processus génocidaire», l’Union européenne reste passive, incapable de peser pour un cessez-le-feu durable.
Josep Borrell : «Une Europe soumise et discréditée»
Dans un entretien à l’Humanité, Josep Borrell, qui a quitté ses fonctions en décembre 2024, dénonce la soumission européenne. Selon lui, Bruxelles a perdu toute crédibilité en fermant les yeux sur les crimes de guerre :
L’UE ne prend aucune sanction économique contre l’occupant israélien, se limitant à des condamnations verbales.
Elle applique un double standard, défendant les droits humains ailleurs mais pas en Palestine.
Elle s’aligne sur Washington, suivant la stratégie américaine sans affirmer une ligne propre.
Pour Borrell, la seule mesure réellement dissuasive serait de suspendre l’accord d’association UE–Israël et de bloquer les échanges commerciaux. Mais cette idée reste lettre morte. «L’Europe adopte une attitude de vassale au nom du moindre mal», regrette-t-il, accusant la Commission européenne de manquer de courage politique.
Des divisions internes paralysantes
La paralysie européenne s’explique aussi par des fractures internes :
L’Allemagne, principal partenaire commercial de l’occupant sioniste, bloque toute mesure coercitive.
La Hongrie, l’Italie et d’autres pays de l’Est refusent de condamner fermement le gouvernement Netanyahu.
La France, tout en plaidant pour l’aide humanitaire, se garde d’utiliser le mot «génocide» et reste sur une ligne de prudence diplomatique.
Ces divergences réduisent l’UE à une impuissance chronique, incapable de parler d’une seule voix.
Une Europe affaiblie sur la scène mondiale
Cette incapacité à agir fragilise l’image de l’Union. Pour Borrell, le constat est sévère :
Trump méprise les Européens, les jugeant faibles et divisés.
Washington privilégie les relations bilatérales et considère l’Europe comme un simple suiveur.
Dans le reste du monde, notamment au sein du monde arabe, l’UE est perçue comme complice des sionistes et aveugle au sort des Palestiniens.
Un tournant manqué
L’Europe avait pourtant l’occasion d’incarner une alternative en matière de diplomatie et de droits humains. Mais son incapacité à agir ferme les yeux sur le drame palestinien. Josep Borrell conclut : «Tant que l’Europe ne sera pas capable de sortir de sa position de vassalité, elle restera condamnée à subir et à perdre son influence internationale.»
L’Union européenne, divisée et paralysée, reste spectatrice de la guerre à Ghaza. Son silence et son alignement sur Washington et Tel-Aviv traduisent une perte de crédibilité et un effacement géopolitique majeur. Josep Borrell dénonce une Europe «vassale», incapable de défendre ses propres valeurs ni d’imposer une solution politique juste au Proche-Orient.
S.M.
