Réaffirmant que la critique est un droit garanti à chaque citoyen, le chef l’Etat a plaidé pour un débat politique fondé sur les idées et les propositions, tout en réitérant son rejet des discours d’insulte et de haine.
En visite officielle en Allemagne, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a réaffirmé, mercredi, à Berlin, que les opposants étaient les bienvenus en Algérie. Il a également rappelé que «tout Algérien a le droit de critiquer», à condition de respecter «les traditions et les valeurs» de la société algérienne et de s’abstenir de toute forme d’insulte ou d’injure, qu’il considère comme des facteurs de «haine et de violence».
Prononcé devant la communauté nationale établie en République fédérale d’Allemagne, ce message apparaît, au regard du contexte, comme une nouvelle main tendue à une partie des opposants établis à l’étranger.
S’exprimant lors de sa rencontre avec les membres de la diaspora, dans le cadre de la visite officielle qu’il a effectuée en Allemagne à l’invitation du président Frank-Walter Steinmeier, le chef de l’État a affirmé que «les opposants sont les bienvenus, ainsi que toute personne qui exprime son opposition de manière civilisée, en avançant des idées et des alternatives».
Selon lui, une telle démarche contribue à renforcer le processus démocratique et à faire progresser le pays.
Le président Tebboune a insisté sur le fait que toute divergence d’opinion devait pouvoir s’exprimer librement. «Celui qui n’est pas d’accord est libre de le dire et de présenter son point de vue. De telles pratiques enrichissent le processus national, et celui qui ne les accepte pas ne comprend rien», a-t-il déclaré. Revenant sur un message qu’il dit avoir déjà exprimé à plusieurs reprises, il a ajouté : «Chaque Algérien a le droit de critiquer, mais il doit tenir compte de nos traditions et de nos valeurs. Les insultes et les injures ne conduisent qu’à la haine et à la violence.»
Par ces déclarations, le chef de l’État réaffirme sa volonté de distinguer l’exercice de l’opposition politique des discours qu’il estime attentatoires à la cohésion nationale, tout en réitérant son attachement à un débat public fondé sur le respect des valeurs de la société algérienne.
Un discours constant
Le président de la République n’en est pas à sa première prise de position sur cette question. En mai 2024, à l’occasion de la Journée nationale de l’étudiant, il avait rappelé que la Constitution de 2020 garantit l’existence de l’opposition politique, tout en soulignant que cette liberté ne saurait être utilisée à des fins de déstabilisation du pays.
Quelques mois auparavant, en février 2022, lors d’une rencontre avec des représentants de la presse nationale, Abdelmadjid Tebboune avait déjà affirmé que la liberté d’expression était pleinement garantie par la Constitution. Il avait, toutefois, précisé qu’elle ne pouvait servir de prétexte pour «semer le désordre, créer le chaos ou porter atteinte à la sécurité publique». Réagissant aux critiques de certains partis politiques faisant état de restrictions à leurs activités, il avait qualifié ces accusations d’«insensées», estimant que «les autorités n’ont rien à tirer de pareilles démarches».
Des mesures d’apaisement
Cette volonté d’apaisement s’est également traduite, en janvier dernier, par l’adoption en Conseil des ministres de mesures destinées à régulariser la situation de jeunes Algériens établis à l’étranger dans des conditions précaires ou irrégulières et poursuivis pour des infractions liées à l’ordre public.
Les personnes impliquées dans des crimes de sang, le trafic de drogue ou d’armes, ainsi que celles ayant collaboré avec des services de renseignement étrangers au détriment de l’Algérie demeurent exclues de ce dispositif.
Le communiqué du Conseil des ministres soulignait que ces mesures concernaient essentiellement des jeunes «délibérément induits en erreur» et exploités à l’étranger, dont la plupart n’étaient poursuivis que pour des délits mineurs.
«LamEchamel» au cœur de la démarche
La question du retour des opposants installés à l’étranger est régulièrement remise sur la table depuis le lancement, en 2022, de l’initiative de «rassemblement national» (LamEchamel). Cette démarche vise à faciliter le retour d’opposants et de militants de la diaspora, à condition qu’ils respectent les lois de la République et exercent leurs activités dans le cadre légal.
Depuis son lancement, cette initiative continue d’alimenter le débat politique. Ses partisans y voient un signe d’ouverture et une volonté de réconciliation avec une partie de la diaspora. Selon les autorités, elle a déjà permis le retour de plusieurs personnes ayant renoncé à leur appartenance à des organisations qualifiées de terroristes par la justice algérienne, notamment le mouvement Rachad et le MAK, ainsi que d’anciens membres de l’ex-parti dissous, le Front islamique du salut.
Smail Rouha
