Décidément, les deux notes adressées la semaine dernière par la Banque d’Algérie aux banques, relatives au droit de change pour les voyages à l’étranger, continuent de faire couler beaucoup d’encre et de salive.
Le vice-gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Benbahan, a apporté plusieurs précisions importantes et répondu aux interrogations soulevées, lors de son intervention jeudi dernier sur les ondes de la Chaîne III.
Il a ainsi expliqué que le fait de lier le bénéfice du droit de change à l’ouverture d’un compte bancaire « revêt une importance majeure pour l’organisation de l’opération, la protection du citoyen et la garantie que l’allocation parvienne réellement au voyageur concerné, sans exploitation ni fraude ». Mohamed Benbahan a souligné que la Banque d’Algérie, en tant qu’institution légalement habilitée à gérer les opérations de change, a émis en juillet dernier une instruction réglementant cette opération et a accompagné les banques commerciales dès le début de sa mise en œuvre, que ce soit dans les aéroports, les ports ou les postes-frontières, permettant ainsi aux citoyens de bénéficier de ce droit sans obstacles.
Toutefois, l’évaluation menée après plusieurs mois d’application a révélé « des comportements irrationnels consistant en l’exploitation du droit de change par des tiers », alors même que l’instruction, notamment son article 10, stipule clairement que ce droit est personnel et doit bénéficier exclusivement au citoyen concerné.
Le cadre légal précisé
Concernant les voyages en famille, le vice-gouverneur a précisé que la législation en vigueur permet au tuteur légal d’effectuer l’opération de droit de change au profit des enfants mineurs ou légalement pris en charge. Il a également indiqué que l’ouverture d’un compte bancaire n’est pas liée à une situation professionnelle spécifique, mais repose sur une relation de confiance entre la banque et le client, impliquant la connaissance de l’origine des fonds conformément aux normes internationales.
La nouvelle note obligeant le citoyen à ouvrir un compte bancaire et à régler l’équivalent en dinars par des moyens de paiement scripturaux émis par les banques « s’inscrit dans le cadre de l’organisation de l’opération et du renforcement de la sécurité financière », a-t-il affirmé, précisant qu’elle n’est « ni punitive ni destinée à restreindre le droit du citoyen au change ».
Dans ce contexte, l’ouverture d’un compte bancaire est devenue une procédure simple et accessible : les documents requis ont été allégés, le compte peut être ouvert le jour même et le réseau bancaire national compte près de 1.800 agences réparties sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones frontalières.
Mohamed Benbahan a souligné que l’ouverture d’un compte bancaire n’est pas incompatible avec l’usage de l’argent liquide, rappelant que l’économie nationale repose à la fois sur la circulation du cash et sur les comptes bancaires. Toutefois, le recours au système bancaire offre une meilleure protection au citoyen et répond aux exigences technologiques et de numérisation.
Il a également précisé que le compte postal (CCP) et le compte bancaire ne s’annulent pas mutuellement, rappelant que le droit de change est une opération bancaire réalisée exclusivement par les banques. Ainsi, l’ouverture d’un compte bancaire ne signifie ni la fermeture du compte postal ni l’abandon de son utilisation. Le citoyen percevant son salaire via un CCP peut continuer à l’utiliser normalement, le compte bancaire servant uniquement au paiement en dinars correspondant au droit de change.
S’agissant des délais, le vice-gouverneur a confirmé que le droit de change au titre de l’année 2025 restera valable jusqu’au 19 juillet 2026, démentant les rumeurs faisant état de sa suspension à la fin de l’année. Concernant la omra, il a indiqué qu’elle relève du tourisme religieux et que ses bénéficiaires profitent du même droit de change, tout en tenant compte des cas exceptionnels, notamment en cas de retard dans l’obtention des visas.
Pour la saison du hadj, Mohamed Benbahan a annoncé que l’allocation, estimée à 1.000 dollars, sera versée cette année dans le cadre d’une numérisation complète. Il a invité les pèlerins concernés à ouvrir des comptes bancaires ou postaux dans les plus brefs délais afin de faciliter l’opération.
Il a enfin précisé que la procédure appliquée dans les aéroports et les ports restera inchangée : le voyageur présente le reçu bancaire après l’accomplissement des formalités de voyage pour recevoir le montant du change, lequel doit être utilisé dans un délai de sept jours. En cas de non-déplacement, le montant est restitué conformément aux procédures en vigueur.
En conclusion, le vice-gouverneur a souligné que l’objectif de ces mesures est « d’organiser le droit de change, de protéger le citoyen et de garantir qu’il en bénéficie en toute transparence et dignité ».
Mahmoud Tadjer
