Par Samir MÉHALLA
Il y a des phrases qui devraient glacer un pays. Quand le chef d’état-major français enjoint ses élus à «accepter de perdre nos enfants», ce n’est pas un avertissement : c’est un basculement. Une démocratie tombe malade quand ceux qui devraient contenir la logique guerrière s’en font les hérauts. Et la France, soudain, se retrouve sommée de regarder la mort dans les yeux.
Qu’un général, français ou autre, informe le pouvoir, rien de plus normal. Qu’il prépare directement la nation à la guerre, c’est un acte politique. Et le plus grave est peut-être ailleurs : dans la facilité avec laquelle cette annonce a glissé dans le paysage médiatique haineux, comme si l’on devait désormais s’accoutumer à l’idée que l’Histoire s’écrit toujours avec du sang.
Il faut le dire sans détour : parler aujourd’hui d’affrontement avec la Russie ou la Chine relève de la témérité ou de l’aveuglement. Les guerres nucléaires ne laissent pas de survivants idéologiques, seulement des ruines. Et aucune des conflagrations récentes — de Kaboul à Tripoli en passant par l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, Ghaza…. — n’a produit autre chose qu’un chaos sans fond. Alors pourquoi rejouer la partition du militaire viril, quand la seule bravoure qui vaille serait de reconstruire la diplomatie ?
Ce qui manque cruellement, ce n’est pas la puissance militaire : les arsenaux débordent déjà. Ce qui manque, c’est un cadre international crédible, des institutions respectées, un droit appliqué à tous — amis ou adversaires. L’ONU, la CPI, les mécanismes multilatéraux n’ont pas failli : ce sont les États qui les ont vidés de leur substance par calcul, racisme, cynisme ou lâcheté. Le double standard est devenu une arme de destruction massive de toute paix possible.
On le sait : aucune solution durable ne naîtra d’un duel entre chefs d’État gonflés d’orgueil. Il n’y aura d’issue que dans la réaffirmation de principes clairs, parfois contradictoires mais indispensables : frontières reconnues, sécurité réciproque, autodétermination des peuples. Tout le reste n’est que poudre aux yeux… poudre tout court.
L’heure est grave, mais elle n’autorise pas les dérives. Préparer les citoyens à mourir, c’est toujours plus simple que préparer les États à se comporter en adultes. Pourtant, c’est ce second travail qui fonde les civilisations : celui où l’on choisit la parole plutôt que l’instinct, la règle plutôt que le réflexe, le futur plutôt que l’instant.
Un pays qui renonce à la diplomatie choisit le néant. Et le néant n’a jamais fait gagner personne.
S. M.
