Certes, cette visite s’inscrit officiellement dans le cadre du renforcement des relations bilatérales et de la coopération entre les deux pays frères». Néanmoins, sa symbolique témoigne d’une grande importance sur le plan géopolitique régional et continental.
La visite, de deux jours, à Alger du président libanais, Joseph Aoun, à l’invitation du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, est, sans aucun doute, l’expression sincère de la volonté commune des deux dirigeants de renforcer et de développer les relations bilatérales dans la mesure où les deux pays aspirent à la prospérité de la région, la stabilité et le bien-être de ses peuples, et la réalisation des enjeux du développement durable. Les 21 coups de canon tirés en l’honneur du président libanais démontrent l’importance accordée à cette visite officielle, la première en Algérie d’un président libanais depuis un quart de siècle. Accueilli à l’Aéroport international Houari-Boumediene (Alger) par le chef de l’Etat, le président libanais est accompagné d’une forte délégation comprenant le ministre des Affaires étrangères et des expatriés, Youssef Raji, ainsi que le ministre de l’Information, Paul Morcos. Certes, cette visite s’inscrit officiellement «dans le cadre du renforcement des relations bilatérales et de la coopération entre les deux pays frères». Néanmoins, sa symbolique témoigne d’une grande importance sur le plan géopolitique régional et continental. Une visite à connotation multidimensionnelle. Outre la nouvelle dynamique qu’elle revêt visant à booster la coopération bilatérale, cette visite tend également à renforcer la coopération commerciale et économique, et notamment diplomatique. D’autant que les entretiens entre les deux chefs d’État porteront sur des dossiers stratégiques, notamment la contribution algérienne à la reconstruction d’une partie des infrastructures endommagées lors de la dernière guerre israélienne.
De nouveaux horizons
A cet égard, Joseph Aoun a affirmé que sa visite officielle en Algérie ouvrira de nouveaux horizons pour la coopération entre les deux pays frères. Il a souligné que cette visite est l’occasion de réaffirmer l’estime du Liban pour la position de soutien constante de l’Algérie, et que Beyrouth aspire à davantage de coopération et de coordination au service des intérêts des deux peuples. Une déclaration a été faite à la presse à son arrivée à l’Aéroport international Houari Boumediene. «Au cours de cette visite, nous discuterons avec les dirigeants algériens des moyens de développer la coopération économique, commerciale, culturelle et médiatique, et de renforcer les échanges dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la technologie. Nous aborderons également les questions arabes communes et les défis régionaux, partant de notre conviction en la nécessité d’une action arabe commune, porteuse de solutions pacifiques et de dialogue constructif autour des questions qui concernent nos peuples», a-t-il révélé.
La reconnaissance du Liban
Exprimant sa conviction qu’elle ouvrira de nouveaux horizons pour la coopération entre les deux pays frères, Joseph Aoun a ajouté qu’elle «constituera une occasion de souligner la grande estime du Liban pour le soutien de l’Algérie, ainsi que notre volonté d’approfondir encore davantage cette coopération». Le président libanais a aussi rappelé que «l’Algérie a apporté au Liban, au fil des décennies, un soutien généreux et constant dans les moments les plus difficiles. Elle a toujours été présente, réactive pour aider le Liban, et les Libanais n’oublieront jamais la position algérienne au Conseil de sécurité de l’ONU lors de l’agression israélienne contre le Liban, ni les aides d’urgence envoyées après l’explosion du port de Beyrouth, sans oublier le soutien en carburant et autres formes d’assistance, ainsi que l’accueil de centaines d’étudiants libanais dans ses écoles, universités et instituts dans divers domaines».
Plusieurs dossiers à l’ordre du jour
Cette visite revêt un caractère exceptionnel tant par son timing que par son contenu, dans un contexte régional sensible et face à l’effondrement économique que connaît le Liban, au moment où l’Algérie cherche clairement à renforcer son rôle arabe et sa présence dans les grands dossiers de la région. Les entretiens entre les deux présidents porteront sur plusieurs dossiers cruciaux, notamment une contribution de l’Algérie à la reconstruction d’une partie des infrastructures endommagées lors de la récente agression sioniste. Selon certaines fuites médiatiques, l’Algérie pourrait accorder une aide initiale comprise entre 50 et 200 millions de dollars. Plusieurs accords culturels seront également signés, incluant la création d’un centre culturel algéro-libanais à Beyrouth, une coopération entre les télévisions publiques des deux pays, un soutien technique et logistique à Télé Liban, ainsi que le renforcement des programmes d’échange médiatique et éducatif, avec l’octroi de nouvelles bourses d’études.
Solidarité énergétique
L’Algérie devrait également annoncer un nouveau don pétrolier en faveur du Liban, dans la continuité de l’aide accordée à l’été 2024, qui avait permis de faire fonctionner plusieurs centrales électriques durant le pic de la crise énergétique. La relance de la ligne aérienne directe entre Alger et Beyrouth sera aussi annoncée. Une initiative à la fois symbolique et pratique destinée à rapprocher les peuples et à faciliter les investissements et le tourisme.
La visite ouvre des perspectives d’investissements prometteuses, dans un contexte d’intérêt croissant des hommes d’affaires libanais et algériens pour des projets communs dans les secteurs de l’énergie, du tourisme et de l’agriculture.
Une fin de visite symbolique
Selon des sources médiatiques libanaises, le programme du président libanais se clôturera par deux visites symboliques : à la Grande Mosquée d’Alger et à la Cathédrale du Sacré-Cœur, un geste fort soulignant la diversité culturelle et religieuse partagée, et affirmant que les relations libano-algériennes sont enracinées dans une histoire commune et portées par des aspirations d’avenir prometteuses. Des visites illustrant la diversité culturelle et religieuse partagée entre les deux peuples, et un message fort selon lequel la relation algéro-libanaise s’appuie sur un héritage profond et des ambitions communes pour l’avenir. En somme, cette visite marque une nouvelle phase dans les relations algéro-libanaises, dans un contexte de profonds changements stratégiques régionaux.
Badis B.
