Par S. Méhalla
Il y a des malentendus. Il y a des divergences. Et puis il y a des ruptures irréparables.
Le cas Sansal n’est plus un débat : c’est une répudiation nationale.
Depuis des années, l’écrivain n’est plus seulement critiqué : il est rejeté. Non pas par une minorité idéologique, mais par l’élite algérienne et le peuple profond, celui qui sent instinctivement quand un fils du pays a cessé d’en être un.
Dans les discussions publiques, Sansal n’incarne plus la dissidence, mais le reniement. Pour beaucoup, il n’a pas seulement pris ses distances : il a tourné le dos, définitivement, méthodiquement.
Les Algériens ne contestent pas ses idées : ils refusent sa posture.
Ils ne débattent plus : ils constatent.
Et le constat est brutal : Sansal ne parle plus pour l’Algérie, il parle contre elle.
Dans n’importe quelle nation souveraine, un tel divorce suffirait à ouvrir la porte à une mesure de rupture : la déchéance de nationalité.
Quand un peuple ne reconnaît plus un individu comme l’un des siens, la logique voudrait que l’État puisse traduire cette volonté collective dans le droit.
Mais voilà : l’ONU s’interpose.
Non pas pour protéger les nations.
Non pas pour défendre les souverainetés.
Mais pour imposer une lecture bureaucratique, abstraite, coupée des réalités humaines : un individu garde sa nationalité, même si tout un peuple le vomit.
Même si la nation refuse de l’assumer.
Même s’il se place, délibérément, dans le camp des forces hostiles.
Le message des Nations Unies aux peuples est limpide, presque insultant :
“Votre volonté ne compte pas. Vos frontières ne comptent pas. Vous n’êtes pas maîtres de votre propre appartenance collective.”
Cette position, figée depuis la Convention de 1961, neutralise toute évolution. L’ONU n’entend pas les peuples, ne comprend pas les nations, n’admet pas que l’appartenance nationale puisse être autre chose qu’un statut administratif figé.
Le droit international protège l’individu contre le collectif, même lorsque l’individu renie ce collectif.
Il protège l’ingratitude.
Il protège la rupture unilatérale.
Il protège l’homme qui se déclare contre son pays — mais empêche ce pays de dire : “Alors tu n’es plus des nôtres.”
L’absurdité atteint des sommets.
Un peuple peut crier son refus.
Les élites peuvent dénoncer la trahison symbolique.
Les juristes peuvent démonter les ambiguïtés, évoquer la sûreté de l’État, l’intelligence avec une puissance étrangère, la rupture volontaire de l’allégeance.
Rien n’y fait : l’ONU transforme l’ingratitude en droit universel.
Le cas Sansal et autres enegumènes renégats connus n’est donc pas qu’un débat d’identité littéraire.
C’est une question fondamentale :
Une organisation internationale peut-elle imposer à une nation celui qu’elle refuse ?
Peut-elle décider à la place d’un peuple de qui est Algérien et de qui ne l’est plus ?
Si la réponse est oui — et c’est celle qu’impose l’ONU — alors une partie de notre souveraineté n’existe plus.
Le peuple algérien n’a plus le droit de choisir qui est l’un de ses enfants.
L’État algérien n’a plus le droit d’écarter ceux qui ont choisi le camp adverse.
L’Algérie ne peut plus défendre sa cohérence identitaire, car un organisme extérieur prétend savoir mieux qu’elle ce qu’est un Algérien.
Le cas Sansal révèle une fracture immense entre la volonté d’un peuple et l’autorité d’une institution internationale qui refuse d’entendre les nations.
Une fracture qui pose une question que l’Algérie, tôt ou tard, devra regarder en face :
quand la volonté souveraine d’un peuple se heurte à un dogme onusien figé, qui doit céder ?
S.M.
