Par R. Malek
Le drame de Gaza a secoué la conscience mondiale. Les bombardements incessants, les hôpitaux en ruines et les milliers de victimes civiles affamées ont exposé, une fois de plus, la brutalité d’un conflit qui semble sans fin. Face à ce spectacle insoutenable, les opinions publiques, de Paris à Toronto, de Rome à Ryad, ont pressé leurs gouvernements d’agir. Mis au banc des accusés pour leur silence ou leur complicité perçue, certains dirigeants occidentaux ont tenté un geste : ressusciter l’idée d’une solution à deux États.
Trois pays du G7, soutenus par quelques États du Golfe, se sont empressés de réactiver le souvenir des accords d’Oslo, comme si un simple retour en arrière pouvait panser trente années de trahisons, de colonies et de destructions. Sur le papier, la proposition est classique : un État palestinien aux côtés «d’Israël», comme promesse d’une paix durable. Mais derrière les belles formules surgit une question dérangeante : à quelles conditions, et à quel prix ?
Un État fantôme pour une paix illusoire
Dans la réalité, les termes implicites de ce projet tiennent plus du diktat que de la négociation.
Un État palestinien démilitarisé, incapable d’assurer sa propre sécurité, l’abandon des terres colonisées, entérinant la politique du fait accompli et un contrôle total de l’entité sioniste sur ses frontières, son espace aérien et sa vie économique. En d’autres termes, un État sans souveraineté avec un drapeau sans liberté.
Ni le peuple palestinien ni ses mouvements de résistance ne peuvent accepter ce scénario. Après des décennies de souffrances, ils considèrent ce type de «paix» comme une reddition déguisée. Mieux vaut mourir en martyrs que signer une capitulation historique, disent-ils à mots clairs.
Une diplomatie déconnectée du terrain
Cette relance de la solution à deux États ressemble à un théâtre diplomatique. Elle permet aux gouvernements qui la promeuvent de gagner du temps et de calmer leurs opinions publiques, mais ne répond à aucune des réalités du conflit. Tel Aviv et Washington n’ont aucune volonté réelle d’accepter un État palestinien viable d’une part et la résistance palestinienne refuse toute négociation sous occupation et sous bombes d’autre part.
La région entière est en ébullition, avec des tensions au Liban, en Syrie et avec l’Iran.
Comment négocier une paix durable alors que Gaza est assiégée, que la Cisjordanie s’embrase et que chaque jour de nouvelles colonies s’étendent ?
Tant que les deux véritables protagonistes ne s’associeront pas ensemble autour d’une table, aucune conférence internationale, aucun plan du G7 ou du Golfe ne pourra imposer une paix artificielle.
L’ombre de septembre à l’ONU
Beaucoup regardent vers septembre, mois des grandes annonces aux Nations unies, en espérant un tournant. Mais comment croire à un miracle lorsque les États-Unis continuent leur soutien aveugle à une entité génocidaire, bloquant toute résolution contraignante et couvrant les bombardements au nom de la «sécurité» ?
Tant que cette ligne rouge ne sera pas franchie à Washington, le mois de septembre restera noir, symbole d’une diplomatie impuissante face à une tragédie humaine qui s’aggrave chaque jour.
Cette relance de la solution à deux États n’est pas une feuille de route vers la paix, mais une mise en scène diplomatique pour apaiser les consciences. Dans l’histoire, on ne bâtit pas de solution durable sur l’injustice et l’humiliation. La paix ne naîtra ni des illusions d’Oslo ni des conférences spectaculaires, mais d’un dialogue réel, qui commence là où la souffrance est la plus vive.
