Cette guerre des clans, longtemps contenue dans les coulisses du palais, éclate désormais au grand jour, ajoute encore l’institut.
Le Maroc traverse une tempête informationnelle et politique marquée par une guerre cognitive orchestrée depuis Abou Dhabi et aggravée par les rivalités internes entre clans du Makhzen. Cette double pression fragilise la monarchie et alimente les incertitudes sur l’avenir du royaume.
Une stratégie planifiée
L’IGH identifie les Émirats arabes unis, sous l’impulsion de Tahnoon bin Zayed, comme architectes d’une doctrine offensive de guerre cognitive. Cette stratégie, déjà testée en Libye, au Soudan, au Yémen ou encore contre le Qatar, vise non pas à renverser un régime mais à miner sa légitimité, à fragmenter la cohésion nationale et à remodeler les rapports de force régionaux.
Le rapport souligne que les campagnes menées via le canal «Telegram Jabaroot», les narratifs construits autour de figures comme Mehdi Hijaouy, ou encore la synchronisation médiatique avec certains journaux européens, illustrent «une volonté de saturer l’espace informationnel, de créer un climat de défiance et de fragiliser le socle monarchique».
La guerre des clans au sein du Makhzen
Mais à cette offensive extérieure se superpose, selon l’institut auteur du rapport, une lutte interne sans précédent. La guerre cognitive agirait comme un révélateur et un accélérateur des tensions entre les différentes ailes du pouvoir marocain. Le document cite notamment des fuites massives ciblant la CNSS, l’ANCFCC ou encore la Justice, relayées et scénarisées par Jabaroot, qui alimentent une guerre de positionnement entre clans, chacun cherchant à imposer sa feuille de route dans la perspective d’un Maroc post-Mohammed VI.
Cette guerre des clans, longtemps contenue dans les coulisses du palais, éclate désormais au grand jour, ajoute encore l’institut. Elle se traduirait par des récits contradictoires, des manœuvres d’influence et des alliances extérieures qui exposent la fragilité du système.
Un Royaume fragilisé sous Mohammed VI
La détérioration de l’état de santé du roi Mohammed VI alimente les spéculations et accentue la compétition autour de sa succession. Le rapport souligne que les récits de «fin de règne», amplifiés par certains médias étrangers, trouvent un écho dans la réalité d’un entourage divisé, se battant pour imposer ses hommes et ses orientations. Cette guerre en cours révèle une phase dangereuse de fragilisation et de désintégration à laquelle est parvenu le Royaume du Maroc sous le règne de Mohammed VI, dont la santé s’est détériorée, et son entourage s’efforce d’imposer sa feuille de route et ses hommes dans un royaume post-Mohammed VI qui touche à sa fin.
La rivalité africaine et la jeunesse ciblée
Le rapport de l’IGH rappelle que la bataille ne se limite pas aux récits politiques. Elle s’inscrit aussi dans une compétition économique et diplomatique féroce en Afrique. Alors que le Maroc consolide son influence à travers Tanger Med, Casablanca Finance City et ses alliances régionales, les Émirats, via DP World et des investissements massifs dans les ports et corridors africains, cherchent à contrecarrer cette dynamique. Cette confrontation prend une dimension cognitive en ciblant la jeunesse marocaine, notamment sur TikTok, YouTube et Telegram, où des contenus calibrés – vidéos émotionnelles, avatars anonymes, slogans de rupture – visent à semer la défiance et à détourner la loyauté de nouvelles générations. Cette guerre numérique ne se contente pas de fragiliser les institutions : elle infiltre les esprits, brouille les repères et installe une fracture générationnelle préoccupante.
Quels coûts pour le Maroc et son peuple ?
L’intensification de cette double guerre – cognitive et clanique – place le Royaume dans une situation critique. Elle fragilise ses institutions, altère la confiance des citoyens et affaiblit sa position diplomatique en Afrique comme au Moyen-Orient.
La question demeure entière : quelle sera la taxe que paieront le Maroc et son peuple face à cette guerre dont nul ne peut prédire l’issue ? Entre désintégration interne et instrumentalisation externe, le Maroc se trouve à un carrefour historique où se joue son avenir politique et stratégique.
Assia M.
