Le premier secrétaire national du FFS, Youcef Aouchiche a souligné que la mémoire ne saurait se réduire à l’archivage ou à la commémoration, mais qu’elle engage une responsabilité morale et politique : faire vivre les valeurs de liberté, de justice, de souveraineté populaire et de dignité humaine.
Le Front des Forces Socialistes (FFS) a organisé hier un colloque international majeur en hommage à Hocine Aït Ahmed, figure historique de la lutte anticoloniale et pionnier inlassable de la démocratie en Algérie. L’événement, qui se tient à l’occasion du centenaire de sa naissance (il aurait eu 100 ans en 2026), réunit chercheurs, historiens, militants et intellectuels venus d’Algérie et de l’étranger pour célébrer une trajectoire politique exceptionnelle et réaffirmer les valeurs qu’il a incarnées tout au long de sa vie.
Ouvrant les travaux, le Premier secrétaire national du FFS, Youcef Aouchiche, a placé cette rencontre sous le signe de la transmission, qu’il a qualifiée de «devoir historique». Un devoir, a-t-il insisté, qui s’oppose «frontalement aux tentations révisionnistes, aux simplifications abusives et aux reconstructions idéologiques erronées», ainsi qu’aux tentatives de dépolitisation de l’histoire nationale.
Pour le responsable du FFS, transmettre l’histoire ne signifie ni la sanctifier ni l’instrumentaliser. «Transmettre, ce n’est pas figer, encore moins instrumentaliser. C’est restituer honnêtement les faits, les débats, les contradictions et les sacrifices dans leur contexte et leur épaisseur historique», a-t-il déclaré. Il a souligné que la mémoire ne saurait se réduire à l’archivage ou à la commémoration, mais qu’elle engage une responsabilité morale et politique : faire vivre les valeurs de liberté, de justice, de souveraineté populaire et de dignité humaine.
Youcef Aouchiche a, à ce titre, appelé à une écriture rigoureuse et académique de l’histoire, estimant qu’il s’agit d’une «urgence nationale». «Une société qui renonce à l’exigence historique renonce, tôt ou tard, à sa liberté et à sa souveraineté», a-t-il averti, rappelant que l’histoire ne doit jamais devenir un outil de légitimation conjoncturelle.
Une vie consacrée à la liberté et à la démocratie
Au cœur de ce travail de mémoire se dresse la figure de Hocine Aït Ahmed, «chef historique de la Révolution algérienne» et membre de la génération fondatrice qui concevait l’indépendance comme une libération globale : politique, sociale et morale. Visionnaire et démocrate convaincu, Aït Ahmed a consacré plus de soixante-dix ans de sa vie à un combat cohérent, parfois solitaire, mais toujours fidèle à ses convictions.
Intellectuel humaniste, nourri d’une culture politique universelle, il n’a jamais dissocié la morale de l’action politique, ni la démocratie du patriotisme. «Il a toujours considéré ces deux principes comme indissociables», a rappelé le Premier secrétaire national, soulignant son engagement constant en faveur de la paix civile, de la réconciliation et du consensus national.
Refusant les consensus factices, Hocine Aït Ahmed a, selon Aouchiche, privilégié un véritable consensus fondé sur l’unité nationale, la paix civile et la souveraineté nationale et populaire. Il a légué une conception exigeante de l’engagement politique : la démocratie comme conquête quotidienne, le pluralisme comme condition de l’unité, et la fidélité à la patrie comme prolongement de la liberté du citoyen.
«Dans un monde marqué par la résurgence des tentations hégémoniques et par la dégradation du sens de la politique, faire revivre le parcours de Hocine Aït Ahmed, c’est perpétuer l’esprit d’indépendance dans toutes ses dimensions», a affirmé Youcef Aouchiche. C’est aussi rappeler que la politique peut être une élévation et non une déchéance.
Les travaux du colloque ont également ont été l’occasion pour des historiens de renom, tels que Mohamed Lahcen Zeghidi, qui a retracé les racines personnelles et familiales du combattant, décrivant Hocine Aït Ahmed comme une «mémoire nationale vivante». Insistant sur une enfance marquée par les privations, la rigueur et l’apprentissage précoce du sens collectif, il a montré comment ce parcours a forgé l’engagement d’une figure emblématique d’une génération qui a sacrifié sa jeunesse à la lutte pour la libération nationale.
Une lecture intellectuelle et politique
De son côté, Benjamin Stora a mis en lumière la dimension intellectuelle et politique de Hocine Aït Ahmed. Né en 1926 en Kabylie, dans une famille paysanne attachée au savoir, Aït Ahmed est très tôt marqué par les injustices coloniales.
Militant précoce, il rejoint le PPA-MTLD et accède au comité central à seulement 22 ans, faisant le choix d’un parti enraciné dans les masses populaires. Stora a rappelé son rôle déterminant dans la préparation de la lutte armée, notamment à travers le rapport Zeddine de 1948, avant d’évoquer son parcours au sein du FLN puis la fondation du FFS en 1963. L’historien a également souligné l’importance de son ouvrage Mémoire d’un combattant, considéré comme une référence incontournable pour la compréhension de l’histoire du mouvement national.
Islam K.
