Dans une déclaration unanime marquée par une gravité exceptionnelle, les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU ont tiré la sonnette d’alarme ce vendredi face à l’intensification dramatique des violences au Soudan.
Synthèse Samir MÉHALLA
Leurs cibles principales : l’escalade meurtrière dans la région stratégique d’El Fasher (Darfour Nord) et une série d’attaques brutales contre les travailleurs humanitaires et les infrastructures civiles, plongeant davantage le pays dans le chaos et menaçant des millions de vies.
Le Conseil a exprimé une «profonde préoccupation» face aux combats qui enflamment diverses régions du pays, avec un accent particulier sur la situation critique «dans et autour d’El Fasher». Les diplomates ont rappelé avec insistance la résolution 2736 (2024), adoptée sous le chapitre VII, qui exige, catégoriquement, des Forces de Soutien Rapide (RSF) qu’elles «mettent immédiatement fin au siège» de la ville. Le texte exigeait déjà un «arrêt immédiat des combats» et une «désescalade» urgente dans ce bastion du Darfour Nord, aujourd’hui au bord du gouffre humanitaire. Malgré cet ordre clair, le blocus et les affrontements persistent, piégeant des centaines de milliers de civils.
L’attaque d’Al-Koma : un crime contre l’humanitaire
La condamnation la plus ferme du Conseil concerne l’attaque barbare perpétrée le 2 juin 2025 contre un convoi humanitaire conjoint du Programme Alimentaire Mondial (PAM) et du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) près d’Al-Koma, également au Darfour Nord. Les membres du Conseil ont «fortement condamné» cette agression qui a eu des conséquences effroyables :
– Cinq travailleurs humanitaires tués dans l’exercice de leur mission vitale.
– Plusieurs personnes blessées.
– Des fournitures humanitaires indispensables à la survie des populations endommagées ou détruites.
– De multiples camions incendiés, paralysant l’aide.
Face à cette tragédie, le Conseil a présenté ses «plus sincères condoléances et sa sympathie» aux familles des victimes et au peuple soudanais, souhaitant un «rétablissement rapide et complet» aux blessés. Surtout, il a réitéré avec force l’appel du Secrétaire général Antonio Guterres à une «enquête urgente» et à ce que «les auteurs soient tenus pour responsables», soulignant le caractère impératif de la justice.
Les RSF dans le collimateur : bombardements et destructions systématiques
Le Conseil a également pointé du doigt les Forces de Soutien Rapide (RSF) pour d’autres actions destructrices :
– Bombardement du 29 mai 2025 : Les membres ont «condamné» les tirs répétés des RSF ayant endommagé une installation importante du PAM à El Fasher, entravant davantage la distribution de l’aide alimentaire dans une zone en proie à la famine.
– Campagne d’attaques aériennes : Une «profonde préoccupation» a été exprimée concernant «l’impact du conflit, y compris les attaques, sur les opérations humanitaires». Le Conseil a explicitement cité des «rapports faisant état de récentes attaques aériennes par les RSF» ayant endommagé des infrastructures civiles critiques, notamment dans les villes stratégiques de Port-Soudan (porte d’entrée de l’aide), Kassala et Khartoum.
Crimes de guerre et obligations impératives
Face à cette vague de violence ciblant l’aide, le Conseil de Sécurité a lancé un appel solennel aux belligérants :
Sécurité des humanitaires : Les parties au conflit doivent «garantir la sécurité et la protection du personnel, des locaux et des biens des Nations unies et humanitaires», conformément au droit international et à la résolution 2730 (2024) sur la protection des humanitaires.
Crimes de guerre : Les membres ont réitéré de manière explicite que «les attaques délibérées contre le personnel humanitaire, leurs locaux et leurs biens peuvent constituer des crimes de guerre». Un avertissement sans équivoque sur les conséquences juridiques internationales.
Respect des engagements : Un appel pressant a été lancé pour que toutes les parties «respectent leurs engagements au titre de la Déclaration de Jeddah» (accord visant à protéger les civils et l’aide) ainsi que «leurs obligations en vertu du droit international, en particulier le droit international humanitaire et, le cas échéant, le droit international des droits de l’homme».
Souveraineté et unité du Soudan réaffirmées
Concluant sa déclaration, le Conseil de Sécurité a «réaffirmé son ferme attachement à la souveraineté, à l’unité et à l’intégrité territoriale du Soudan». Un message clair de soutien à l’État soudanais dans un contexte de fragmentation croissante des pouvoirs militaires.
Cette déclaration intervient alors que le Soudan fait face à l’une des pires crises humanitaires au monde. Les attaques systématiques contre l’aide, illustrées par le drame d’Al-Koma et le ciblage des infrastructures du PAM, paralysent les secours vitaux pour des millions de Soudanais au bord de la famine et privés de soins essentiels. L’appel du Conseil de Sécurité sonne comme un ultime avertissement : la communauté internationale exige un cessez-le-feu immédiat à El Fasher, la fin des attaques contre les humanitaires et les civils, et la reddition de comptes pour les crimes commis. La survie de populations entières en dépend.