Annoncée depuis plusieurs mois, la visite sensible du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, a été confirmée jeudi dernier par son entourage.
Il sera lundi à Alger pour une visite de deux jours. Nunez, qui avait hésité et posé certaines conditions semble avoir changé de cap. Ces dernières semaines, il a indiqué que des conditions devraient être remplies pour honorer cette invitation. Toutefois, ces conditions ont été levées :
«Aucun préalable, ni condition n’ont été posés. Le ministre français de l’Intérieur se rend à Alger pour reprendre langue avec nos amis et partenaires algériens incontournables», a précisé un porte-parole.
Rappelons que le 3 février 2026, le ministre déclarait sur TF1 : «Non, je ne renoncerai pas à mes conditions», répliquant à Ségolène Royal, présidente de l’Association France-Algérie (AFA), qui avait été reçue par le président Abdelmadjid Tebboune. Ségolène Royal avait plaidé pour un dégel des relations, en soulignant que lorsqu’on pose des conditions, cela signifie souvent qu’on ne veut pas y aller.
Le ministre Nunez a échangé longuement par téléphone avec son homologue algérien, Said Sayoud, pour préparer cette visite, qu’on attend comme un signe de dégel des relations entre les deux pays. À noter qu’il n’y a pas eu de visite d’un ministre français de l’Intérieur à Alger depuis 2022. Lors de sa visite, Nunez abordera plusieurs dossiers sensibles, notamment la question des OQTF (Obligations de quitter le territoire français), la lutte contre le terrorisme, et la problématique du narcotrafic.
Des échanges sécuritaires et des signaux positifs
Récemment, Laurent Nunez a confirmé avoir reçu une invitation de son homologue algérien et qu’il y répondrait favorablement. «On travaille aux conditions de cette visite», avait-il précisé sur BFMTV, se félicitant des récentes avancées dans les échanges sécuritaires entre les deux pays. Sabrina Sebaihi, députée écologiste des Hauts-de-Seine, a évoqué des
«signaux positifs» émanant des deux côtés. Le président Tebboune aurait d’ailleurs déclaré : «Je reprends tous mes ressortissants», une phrase qui laisse entendre un changement d’attitude de l’Algérie, comme l’explique l’historien Guy Pervillé, spécialiste de l’Algérie coloniale.
Il convient de rappeler que l’ancienne ministre, Ségolène Royal, s’est rendue en Algérie récemment, où elle a rencontré le président Tebboune. Elle a obtenu l’autorisation de rendre visite à Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison pour «apologie du terrorisme». Dans le cadre de cette visite, initiée à titre personnel, Royal s’est posée en médiatrice, plaidant pour une
«reconstruction de l’amitié» entre la France et l’Algérie. De plus, des signes positifs se multiplient. L’Algérie aurait récemment acheté 5 000 tonnes de blé tendre et 13 000 tonnes d’orge françaises, selon Habasse Diagouraga de FranceAgriMer. Bien que ces informations n’aient pas encore été confirmées par les douanes, elles signalent un retour, même marginal, des échanges commerciaux entre les deux pays.
H. Adryen
