Les signes du dégel des relations entre les deux pays se multiplient.
Depuis son arrivée au ministère de l’Intérieur, le 12 octobre, le successeur de Bruno Retailleau, Laurent Nuñez, tente d’ouvrir un nouveau chapitre afin de déminer la crise avec l’Algérie. À cet égard, le ministre a évoqué à nouveau sa visite attendue à Alger, soulignant «la bonne volonté» de son homologue algérien. Les signes du dégel des relations entre les deux pays se multiplient.
Nuñez a affirmé qu’il se tenait à disposition pour se rendre en Algérie et relancer la coopération. Intervenant hier sur le plateau de l’émission politique de BFMTV, il a été catégorique sur sa prochaine visite. Il a d’abord précisé que son homologue, Saïd Sayoud, l’a invité à se rendre en Algérie, ce qu’il a accueilli favorablement. «Mon homologue m’a invité et je lui ai répondu que je me tenais à disposition pour m’y rendre», a déclaré le ministre, soulignant que les «échanges techniques» entre les équipes des deux ministères pour préparer cette visite « ont déjà commencé».
Pour se démarquer de la politique menée par son prédécesseur et répondre à ceux qui l’accusent «d’être complaisant» vis-à-vis de l’Algérie, Nuñez affirme qu’il «n’est pas un faible» et qu’il dispose de «plus d’expérience» que Retailleau sur ce sujet. «Bruno Retailleau me connaît et sait que je ne suis pas un faible. La relation avec l’Algérie, je la connais depuis de nombreuses années et peut-être que sur ce sujet, j’ai un peu plus d’expérience que lui […] Nous savons ce que nous faisons», a-t-il ajouté.
Nuñez met les points sur les i
En réponse aux accusations de l’extrême-droite, lui reprochant «la voie de la faiblesse» avec l’Algérie, le ministre précise que «penser qu’on peut se passer des relations sécuritaires avec l’Algérie est très inquiétant pour la sécurité, l’avenir et la protection des Français». Concernant l’importance de ces relations sécuritaires franco-algériennes, Nuñez cite «le narcotrafic et le nombre de leaders de mafias françaises présents dans certains pays du Maghreb et du Golfe, ainsi que les questions liées au terrorisme». Selon lui, «il serait irresponsable de ne pas avoir de relations dans ces domaines».
À propos de la libération de Boualem Sansal dont il dit se réjouir, il déclare : «j’attends de voir comment va évoluer le rythme de la délivrance des laissez-passer consulaires pour les Algériens dans les centres de rétention administrative». Depuis sa prise de fonction à la place Beauvau, Laurent Nuñez indique n’avoir obtenu aucun chiffre sur le nombre d’Algériens frappés d’une OQTF répartis en Algérie. Cependant, il précise que «l’essentiel pour le moment est la reprise de la discussion» entre les deux ministères, «ce qui est déjà un bon signe, maintenant, il faut continuer».
La sénatrice française Valérie Boyer a déposé, le 25 juin dernier devant le Sénat, une proposition de résolution sur l’impératif d’une «réconciliation lucide et équilibrée entre la France et l’Algérie». Cette proposition reprend la Déclaration d’Alger sur l’amitié et la coopération entre les deux pays, signée le 19 décembre 2012, qui prône un partenariat renouvelé et la nécessité de mettre un terme aux conflits mémoriels en regardant le passé «en face, ensemble, avec lucidité et objectivité».
La proposition précise qu’en vertu de la Déclaration d’Alger de 2012, un groupe de travail mixte a été institué pour traiter des questions relatives au droit de propriété des ressortissants français en Algérie après l’indépendance. Par ailleurs, la Déclaration d’Alger du 27 août 2022 a instauré une commission mixte d’historiens français et algériens chargée de faire la lumière sur l’ensemble des événements liés à la guerre d’Algérie. Le gouvernement est invité à présenter un bilan des dossiers examinés et traités par ce groupe de travail.
Enfin, une manifestation sera prochainement organisée à Paris par l’association France-Algérie, présidée par Arnaud Montebourg, ancien ministre, en partenariat avec la fondation Res Publica, présidée par le professeur et ancien ministre Jean-Pierre Chevènement. Cette rencontre réunira d’importantes personnalités autour du thème «Demain, la France et l’Algérie», avec deux tables rondes.
Mahmoud Tadjer
