Par S. Méhalla
On l’a encore servie, la grande cérémonie des “partenariats stratégiques”, nappée de déclarations solennelles, saupoudrée de superlatifs et parfumée au prestige diplomatique.
À écouter Rabat et Madrid, la 13ᵉ Réunion de haut niveau serait une sorte d’alignement cosmique, un mariage de raison devenu union mystique. Mais à y regarder de près, tout cela tient moins de la géopolitique que du théâtre d’ombres. Un chef-d’œuvre de poudre aux yeux, minutieusement conditionnée pour le peuple comme on conditionne un produit marketing qu’on sait fragile : avec beaucoup d’emballage pour masquer le vide du contenu.
Car soyons sérieux : quand deux gouvernements signent quatorze accords “non contraignants”, il faut comprendre “quatorze promesses qui n’engagent que ceux qui y croient”. On annonce des projets pharaoniques — dessalement, trains, énergie, infrastructures — mais on ne donne ni budget, ni calendrier, ni mécanisme de suivi. C’est un peu comme inaugurer un immeuble dont seules les fondations imaginaires ont été coulées, mais en coupant quand même le ruban rouge pour la photo. L’essentiel est sauvé : l’illusion.
On nous dit aussi que la question du Sahara est réglée, que l’Espagne soutient pleinement l’autonomie marocaine. Magnifique. Une seule ombre : l’Espagne elle-même ne sait pas si elle soutient ce qu’elle vient de soutenir. Une partie du gouvernement grince des dents, l’autre détourne le regard, et le peuple espagnol n’a pas été consulté. Un soutien qui ne tient qu’à un souffle politique, mais qui est présenté comme un roc granitique. Il fallait oser.
La délimitation maritime avec les Canaries ? Silence. Une omission tellement spectaculaire qu’elle en devient presque élégante. Comme si la meilleure façon de résoudre un problème était d’en arracher la page du dossier. Là encore : de la magie. Le prestidigitateur diplomatique montre sa main gauche pour que personne ne demande ce que la droite cache.
Quant à la coopération migratoire, qualifiée d’“exemplaire”, l’ironie est totale. Exemplaire pour qui ? Pour ceux qui pensent que les peuples se gouvernent par des accords opaques où chacun joue à “je te tiens, tu me tiens”, et où le migrant devient variable d’ajustement diplomatique. On promet des « mécanismes conjoints », mais on ne nomme ni les mécanismes, ni les engagements. On croirait lire une recette de cuisine dont on aurait supprimé les ingrédients.
Tout cela pourrait être drôle si l’enjeu n’était pas si sérieux. On maquille du provisoire en durable, de l’incertain en solide, du politique en technique. On demande aux peuples de croire à l’histoire que leurs gouvernements écrivent au marqueur effaçable.
La vérité ? Oui, c’est de la poudre aux yeux. Une diplomatie en trompe-l’œil. Un partenariat qui brille parce qu’on a bien poli la façade, mais qui sonne creux dès qu’on frappe à la porte. En somme, une œuvre d’illusionnisme : habile, brillante parfois, mais fondée sur un seul principe — que le public ne regarde jamais trop près.
S. M.
