La capacité nationale de production atteindra 19 millions par an une fois leur mise en service.
Après une année marquée par de fortes perturbations sur le marché, l’Algérie s’apprête à donner une autre dimension à l’industrie du pneumatique avec le lancement officiel, dans la wilaya de Touggourt, de la troisième usine de pneus du pays. La cérémonie de pose de la première pierre du projet qui s’est déroulé lundi, a été supervisée par le directeur général de l’Agence algérienne de promotion des investissements, Omar Rekache.
Selon un communiqué de l’AAPI, ce projet, implanté sur un terrain de 20 hectares à Tamacine et dont le coût est estimé à plus de 27 milliards de dinars algériens, permettra la production de 5 millions d’unités de différents types de pneumatiques, dont 2 millions d’unités par an destinées aux véhicules lourds dans une première phase, en plus de 3 millions d’unités par an destinées aux véhicules légers.
Ce projet devrait, par ailleurs, générer une activité économique importante dans la wilaya de Touggourt et ses environs, en créant 1 720 emplois directs et des milliers d’emplois indirects, précise l’AAPI. Ce projet de Touggourt vient compléter les projets déjà lancés ces derniers mois. En juillet dernier, la première pierre d’une usine de fabrication de pneus a été posée à Tafraoui, dans la zone industrielle d’El Hamoul.
Porté par la société algérienne El Hadj Arabi Industries en partenariat avec le groupe chinois Doublestar, ce projet prévoit une production initiale de 7 millions de pneus par an.
Un autre projet de fabrication de pneumatiques pour poids lourds a, aussi, été lancé cette année dans la zone industrielle d’Ouled Gacem, à Aïn M’lila relevant de la wilaya d’Oum El-Bouaghi avec l’entreprise East Quality, qui prévoit une capacité de 3 millions de pneus annuels. A cela s’ajoute le projet d’extension de l’usine du groupe Iris à Sétif pour agrandir ses capacités actuelles afin de pouvoir fabriquer des pneumatiques pour les véhicules lourds et les bus.
À terme, avec l’entrée en production de ces projets, la production totale devra atteindre environ 19 millions d’unités par an. Cette capacité permettra non seulement de satisfaire la demande nationale, mais aussi d’ouvrir des perspectives d’exportation vers des marchés internationaux, selon les projections officielles.
Un marché sous tension
Ce virage stratégique enclenché cette année et consistant à investir massivement dans l’industrie des pneumatiques intervient dans un contexte de fortes tensions sur le marché.
La pénurie des pneus qui s’est accentuée d’un cran en septembre dernier durait déjà depuis plus de 2 ans, engendrant la raréfaction de cet élément indispensable dans la sécurité des véhicules et une augmentation vertigineuse des prix. Pour contenir ces dérives, les autorités ont décidé de confier l’importation des pneumatiques exclusivement à l’opérateur public Naftal.
Sitôt décidé, Naftal s’est engagé dans une opération d’envergure lancée avec le fabriquant Continental, qui s’était engagé à livrer plus de 1,5 million de pneus pour les véhicules touristiques. Naftal a, également, conclu un partenariat stratégique avec le géant italien Prometeon pour la fourniture de 500 000 unités de pneus Pirelli destinés spécifiquement aux poids lourds et véhicules utilitaires.
En attendant la montée en puissance de la production locale, Naftal s’est fixé comme objectif d’inonder le marché pour casser la spirale spéculative et garantir l’accès à des produits fiables.
Vers l’autosuffisance
Ces projets s’inscrivent dans le cadre de la stratégie du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, visant à concrétiser, progressivement, une souveraineté industrielle.
Elle répond également à des enjeux de sécurité d’approvisionnement pour le marché automobile national. Les besoins du marché algérien en matière de pneumatiques sont estimés, actuellement, à plus de 7 millions d’enveloppes par an. Et si, pour le moment, l’importation reste plus que nécessaire, l’entrée en production de ces nouvelles usines va réorienter le marché en dégageant une grosse marge pour l’exportation.
Pour la seule usine d’Oran, son entrée en production, dans sa première phase, fera économiser à l’Algérie jusqu’à 200 millions de dollars d’importation, en sus d’une exportation qui touchera les 300 millions de dollars. Reste que la réussite de cette stratégie dépendra essentiellement du respect des délais de mise en service, de l’accès aux matières premières et de la compétitivité des produits locaux face aux pneumatiques importés.
Saïd S.
