La reprise des contacts officiels, la réouverture des espaces aériens et le retour annoncé de la coopération sécuritaire marquent une nouvelle étape dans les relations entre les deux voisins sahéliens. Derrière cette réconciliation rapide se dessinent des impératifs stratégiques, sécuritaires et économiques, alors que la menace terroriste continue de peser sur la région.
L’annonce, le 10 juillet dernier, de mesures de rapprochement entre l’Algérie et le Mali, notamment la réouverture de l’espace aérien national à l’ensemble des aéronefs civils et militaires assurant des vols en provenance ou à destination de deux pays, ainsi que le retour des ambassadeurs respectifs, a précipité le retour à une réconciliation après de longs mois d’une brouille diplomatique inédite et particulièrement glaciale. Celle-ci s’est matérialisée par le retour immédiat des ambassadeurs respectifs et la réouverture croisée des espaces aériens aux aéronefs civils et militaires.
Le plus difficile commence désormais : il appartient aux diplomates et aux états-majors des deux pays de traduire ce communiqué en actes concrets sur le terrain, afin que cette réconciliation au pas de course ne soit pas seulement un cessez-le-feu diplomatique, mais le moteur d’une stabilité durable pour les deux pays voisins.
Ainsi, l’Algérie et le Mali sont passés à une nouvelle étape, celle de la realpolitik.
Le retour du dialogue diplomatique
Lundi dernier, le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a reçu l’ambassadeur algérien Kamel Retieb. Selon un bref communiqué du ministère malien des Affaires étrangères, cette «visite de courtoisie» s’inscrit dans le cadre des efforts visant à «relancer» et à
«renforcer les relations de coopération et d’amitié» entre le Mali et l’Algérie.
Il s’agit de la première rencontre entre des responsables officiels des deux pays depuis la fin de la rupture diplomatique, qui a duré près de quatorze mois. Les deux pays ont souffert de cette absence de contacts diplomatiques et sécuritaires pourtant indispensables en cette période de menaces terroristes qui embrasent la région.
Un impératif sécuritaire commun
L’absence de coopération militaire et de partage de renseignements entre les deux armées a créé un vide sécuritaire préjudiciable. Le contexte sécuritaire malien pourrait, toutefois, peser dans la balance.
Après la chute de Kidal fin avril 2026 face à une coalition entre les rebelles du FLA et les groupes armés du JNIM, puis une nouvelle attaque à Anéfis début juillet, Bamako se serait retrouvé dans une situation de dépendance accrue vis-à-vis d’Alger sur le plan sécuritaire. Une configuration qui réduit sa marge de manœuvre.
Face à la persistance de la menace, Bamako et Alger ont compris qu’aucun des deux pays ne pouvait stabiliser sa frontière sans l’aide de l’autre. Le retour de la coopération militaire apparaît ainsi comme un élément déterminant pour la sécurité du Sahara et du Sahel.
Des intérêts stratégiques convergents
Pour l’Algérie, la possibilité de survoler le Mali redonne à son aviation militaire et civile une capacité de projection accrue vers le reste du continent africain.
Pour le Mali, pays enclavé, l’accès à l’espace aérien algérien constitue un atout logistique et commercial crucial. La fermeture des espaces aériens avait fortement compliqué l’approvisionnement du pays et pénalisé les échanges. Le retour des liaisons directes est donc accueilli comme un véritable soulagement.
Une frontière devenue une zone de vulnérabilité
La rupture entre les deux pays, intervenue en avril 2025, avait créé une zone grise sécuritaire de près de 1 400 km de frontière commune. Les groupes armés en ont profité pour étendre leur emprise, transformant cette zone en véritable sanctuaire terroriste.
Les populations frontalières, prises en étau, en ont payé le prix fort, avec des villages entiers désertés.
Derrière cette annonce se cache un calcul stratégique des deux côtés. Pour le Mali, affaibli par le départ de la Minusma, l’Algérie demeure un partenaire incontournable dans la lutte contre le terrorisme. Alger, de son côté, ne peut se permettre d’avoir un voisin instable alors que les groupes armés menacent directement ses intérêts dans le sud du pays.
Le poids des enjeux économiques et humains
Sur le plan économique, certains observateurs soulignent également le coût de cette crise diplomatique : l’Algérie aurait perdu près de 300 millions de dollars d’échanges commerciaux, tandis que le Mali aurait souffert de l’absence de certains partenariats économiques, notamment dans le domaine énergétique.
Pour les Maliens établis en Algérie, estimés à près de 100 000 personnes, cette annonce signifie enfin la possibilité de retrouvailles familiales et d’une reprise des déplacements facilités.
Vers une nouvelle configuration régionale
Ce rapprochement intervient à un moment charnière. Alors que les Forces armées maliennes enregistrent des avancées militaires dans le nord avec l’appui russe, la réouverture de la frontière algérienne pourrait permettre un meilleur encerclement stratégique des groupes armés.
Une chose est certaine : dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, aucun pays ne peut se permettre d’isoler durablement son voisin.
Le ciel rouvert aux échanges
Cette réconciliation officiellement actée soulage également les compagnies aériennes reliant l’Europe à l’Afrique de l’Ouest.
La réouverture réciproque des espaces aériens permet de rétablir des routes plus directes, sans détours coûteux par le Maroc ou la Mauritanie. Une évolution réduisant l’«importance» du voisin de l’Ouest dans le réseau aérien international.
Avec ce rapprochement, les compagnies aériennes peuvent de nouveau emprunter des corridors plus courts sur l’axe Europe–Afrique de l’Ouest, passant par l’Algérie et le Mali.
Air Algérie est directement concernée. La compagnie nationale considère la réouverture de l’espace aérien malien comme une opportunité de renforcer ses liaisons vers l’Afrique de l’Ouest, notamment vers Bamako et les capitales voisines, en rétablissant des corridors aériens plus efficaces.
H. Adryen
