Au-delà de ses effets immédiats sur le transport aérien, cette décision pose la question de sa portée politique.
La décision de l’Algérie d’engager les procédures de dénonciation de la convention relative aux services aériens avec les Émirats arabes unis marque un tournant significatif dans des relations bilatérales déjà fragilisées. Signée en 2013 et ratifiée en 2014, cette convention constituait le cadre juridique permettant l’exploitation de liaisons aériennes régulières entre les deux pays. Elle accordait aux compagnies désignées des droits de survol, d’escales techniques et commerciales, ainsi que l’accès non discriminatoire aux infrastructures aéroportuaires.
Conformément à l’article 22 du texte, Alger a enclenché une procédure strictement encadrée, impliquant une notification diplomatique à la partie émiratie et une information simultanée du secrétaire général de l’Organisation de l’aviation civile internationale. Sur le plan juridique, la démarche ne laisse guère de place à l’ambiguïté : une fois la convention dénoncée, la base légale régissant les droits de trafic, les fréquences de vols et les conditions d’exploitation disparaît. Dans un tel scénario, les compagnies émiraties, à l’image d’Emirates ou d’Etihad Airways, ne peuvent plus opérer dans les mêmes conditions, exposant les liaisons aériennes à des réductions, voire à des suspensions.
Prélude à une rupture diplomatique ?
Au-delà de ses effets immédiats sur le transport aérien, cette décision pose la question de sa portée politique. La dénonciation d’un accord sectoriel ne signifie pas automatiquement une rupture des relations diplomatiques, mais elle constitue un signal fort, rarement anodin. Elle intervient dans un contexte de refroidissement manifeste entre Alger et Abou Dhabi, nourri par des divergences stratégiques profondes et des reproches répétés d’ingérence.
Les récentes déclarations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, sans citer explicitement les Émirats arabes unis, s’inscrivent dans cette dynamique.
En évoquant un pays du Golfe accusé de chercher à «semer le désordre» en Algérie, le chef de l’État a rappelé les lignes rouges de la diplomatie algérienne : souveraineté, non-ingérence et respect mutuel.
Ces propos font écho à des tensions plus larges, liées notamment au rapprochement entre Abou Dhabi et Rabat sur la question du Sahara occidental, aux relations émiraties avec l’entité sioniste, ainsi qu’à leur implication croissante au Sahel et en Libye, perçue à Alger comme contraire à ses intérêts sécuritaires.
Dès lors, une interrogation s’impose : cette dénonciation est-elle le prélude à une rupture diplomatique comparable à celle intervenue avec le Maroc ? À ce stade, les autorités algériennes n’ont pris aucune mesure allant dans ce sens. Les canaux diplomatiques ne sont pas officiellement rompus, et aucun rappel d’ambassadeur n’a été annoncé. La prudence reste donc de mise, d’autant que l’Algérie a toujours revendiqué une diplomatie graduée, privilégiant des réponses ciblées plutôt qu’une escalade brutale.
Impact sur les relations économiques et les échanges humains
Pour autant, la suspension d’un accord aussi structurant que celui des services aériens traduit un niveau de crispation élevé. Elle affecte non seulement les relations économiques et les échanges humains, mais envoie également un message politique clair : certaines pratiques ou orientations ne sont plus tolérées. Reste à savoir si cette décision ouvrira la voie à une renégociation sur de nouvelles bases, à une mise à distance durable, ou à une dégradation progressive menant à des mesures plus radicales.
L’après-dénonciation demeure ainsi incertain. Entre volonté d’affirmation souveraine et souci d’éviter une rupture totale, l’Algérie semble tester un équilibre délicat, observé de près tant par les partenaires régionaux que par les acteurs du transport aérien et de la diplomatie internationale.
A. Mekhennef
