Par S. Méhalla
Il y a des nations qui vivent de mémoire, et d’autres qui vivent par elle. L’Algérie appartient à cette seconde catégorie : un pays façonné par le sang, élevé par le sacrifice, réveillé par le martyre. Rien, absolument rien, de ce que nous sommes aujourd’hui n’échappe à ce tribut originel. Cette terre n’a pas été héritée : elle a été arrachée. Elle ne nous a pas été donnée : elle nous a été confiée, contre la seule monnaie que possédait le peuple algérien — la vie de ses enfants.
Et pourtant, voilà que certains de ses fils doutent, vacillent, s’éloignent. Voilà que l’Algérien d’aujourd’hui frappe aux portes d’ailleurs en oubliant que la vraie richesse ne se trouve jamais là où l’on émigre, mais là où l’on saigne. Comment comprendre qu’un peuple qui a offert au monde une leçon de dignité, une nation qui a vaincu l’un des colonialismes les plus féroces, puisse à ce point ignorer sa propre valeur ? Comment accepter qu’on abandonne ce qu’on n’a jamais vraiment pris le temps d’étreindre : son histoire ?
À l’heure où certaines forces extérieures tentent de fissurer la cohésion nationale — jusqu’à oser fantasmer la création d’un “État kabyle” sur le sol français — il est urgent de rappeler une vérité simple : l’Algérie ne se divise pas. Pas par décret. Pas par manœuvre médiatique. Pas par provocation néocoloniale.
Le 14 décembre 2025, à Paris, ce ne sera pas une foule qui se rassemblera: ce sera un mur. Un mur de mémoire. Un mur de fidélité. Un mur de résistance. Des Algériens de toutes origines, de toutes langues, de toutes histoires, viendront dire que l’unité n’est pas un slogan : c’est un héritage sacré. Ils viendront répondre, dignement, à ceux qui rêvent de fragmenter ce que même 132 ans de domination n’ont jamais réussi à briser.
Car l’Algérie n’est pas une construction politique ; elle est un serment gravé dans la terre. Une terre saturée de martyrs, une terre qui a bu nos douleurs, nos prières, nos victoires. Une terre qui nous rappelle chaque jour que la liberté se paie, mais qu’elle ne se rend jamais.
L’Algérien doit réapprendre cette évidence : il est l’héritier d’un pays béni par le sacrifice. Un pays que tant de puissances ont tenté d’effacer, renverser, remodeler — sans jamais y parvenir. Un pays dont la valeur ne se mesure pas en opportunités économiques, mais en profondeur historique.
Ce 14 décembre, ceux qui marcheront ne défendront pas seulement une nation : ils défendront une mémoire vivante. Le pacte de sang qui nous lie. Le souffle de ceux qui sont tombés pour que nous puissions tenir debout.
La terre des martyrs n’a pas besoin d’être aimée : elle demande à être reconnue. Et surtout, à être honorée. Aujourd’hui. Demain. Toujours.
S. M.
