Par S. M.
Lorsque les grandes puissances s’affrontent à coups de marchés, de technologies et de contrôle des flux numériques, ce n’est pas seulement leur duel qui se joue, mais l’architecture même du monde. La Chine vacille dans ses certitudes économiques, les États-Unis imposent leur férule numérique, et l’Europe peine à exister dans ce duel titanesque. Mais au milieu de ces secousses, une question brûle : quelle place pour les nations dites «intermédiaires», et plus encore pour un pays comme le nôtre ?
L’Algérie n’est pas une feuille portée par les vents des empires. Elle est une terre de ressources stratégiques, une mémoire historique forgée dans le refus de la soumission, et une jeunesse avide de conquête et de dignité. Mais cette richesse demeure stérile si elle n’est pas pensée dans une vision claire. Le XXIᵉ siècle n’accorde aucune place aux hésitants : ou l’on est acteur, ou l’on devient terrain de jeu.
Dans cette guerre technologique et stratégique, l’Algérie doit refuser de n’être qu’un marché captif ou un simple réservoir de matières premières. Il nous revient de transformer notre rente énergétique en levier de puissance, d’exiger des transferts de technologie, de bâtir des industries numériques souveraines, de protéger nos données et d’armer nos cerveaux contre la dépendance intellectuelle. Le patriotisme, en ce temps de mutation, n’est plus seulement affaire de drapeau et de mémoire, mais aussi d’innovation et de maîtrise des outils du futur.
L’histoire enseigne que les nations qui dorment finissent par être dévorées. L’Algérie ne peut se contenter d’être spectatrice des duels sino-américains. Elle doit s’ériger en bâtisseuse d’un destin autonome, puisant dans son génie propre et dans les solidarités africaines et méditerranéennes. Être fidèle à l’esprit de Novembre, aujourd’hui, c’est conquérir la souveraineté technologique et stratégique, sans quoi l’indépendance politique ne serait qu’un mirage.
En vérité, l’heure n’est plus aux incantations, mais à la lucidité et à l’audace. Comme l’écrivait Ibn Khaldoun, «les vaincus imitent toujours les vainqueurs». Nous avons le devoir, pour l’honneur de notre peuple et l’avenir de nos enfants, de rompre ce cycle de mimétisme servile.
Que l’Algérie choisisse enfin d’être une puissance d’existence, et non un simple objet d’influence.
S.M.
