La situation préoccupante de la sécurité alimentaire mondiale a dominé les discussions lors de la récente réunion du Comité de l’agriculture de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC).
Les États membres ont procédé à un examen approfondi de leurs politiques agricoles, du transfert de technologie et des questions de transparence, soulignant l’urgence d’une action concertée face à une crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver.
Présidée par Diego Alfieri du Brésil, cette session régulière visait à approfondir la compréhension mutuelle des politiques nationales et à consolider les obligations des membres de l’OMC. Cependant, c’est bien le spectre de la faim qui a assombri les débats, invitant à une réflexion collective sur les défis complexes qui entravent l’accès à une alimentation suffisante et stable pour des millions de personnes.
Une faim endémique, des chiffres alarmants
Les membres du Comité ont été informés des dernières analyses provenant d’institutions internationales clés, dont l’Observatoire international des marchés agricoles (AMIS) et les agences des Nations unies, notamment l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Fonds international de développement agricole (FIDA) et le Programme alimentaire mondial (PAM). Constat sans appel : la détérioration continue de la sécurité alimentaire mondiale est une source de vive préoccupation.
Le rapport conjoint de la FAO, du FIDA et du PAM a révélé des chiffres glaçants : plus de 733 millions d’individus souffraient de la faim en 2022. Les projections pour l’année 2023 n’offrent guère de répit, estimant que ce nombre pourrait se situer entre 713 et 783 millions. Cette crise multidimensionnelle est alimentée par une combinaison dévastatrice de facteurs : les conflits armés, les chocs économiques récurrents, la multiplication des événements météorologiques extrêmes liés au changement climatique et le fardeau croissant de la dette publique dans de nombreux pays vulnérables.
Un levier indispensable pour la résilience agricole
Au-delà des chiffres, les discussions ont mis en exergue le rôle fondamental du transfert de technologie pour renforcer la résilience des systèmes agricoles et améliorer la productivité, en particulier dans les pays en développement. L’accès aux innovations en matière de semences, de techniques d’irrigation, de gestion des sols, de technologies de stockage et de transformation des aliments est primordial pour permettre aux nations de produire davantage et de manière plus durable. Les membres ont souligné que sans un partage équitable et efficace des savoir-faire et des outils modernes, les efforts pour combattre la faim resteront limités. La transparence dans ce domaine est également essentielle pour identifier les besoins et faciliter les collaborations.
Marchés céréaliers sous tension
Malgré ce tableau sombre, les perspectives concernant la prochaine récolte de céréales sont globalement positives, avec une augmentation prévue de la production mondiale. Cependant, cette moyenne cache des disparités notables : tandis que la production de maïs devrait connaître une forte hausse, celle du blé et du riz est, elle, en baisse.
Le commerce mondial des céréales, bien qu’il doive augmenter modérément, devrait rester en deçà des niveaux records enregistrés en 2021-2022. Fait marquant, la volatilité des prix persiste, en particulier pour le blé et le riz, des denrées essentielles. Cette instabilité est largement attribuée aux incertitudes des politiques commerciales et aux tensions géopolitiques qui continuent de peser sur les marchés.
Face à cette complexité, l’importance des outils de surveillance et d’alerte rapide a été soulignée. L’AMIS, le Système d’information sur les marchés agricoles et le Système de surveillance et d’alerte rapide du commerce maritime sont des mécanismes pour suivre l’évolution des marchés et faciliter une réponse coordonnée en cas de perturbation.
La réunion du Comité de l’agriculture de l’OMC a mis en lumière la gravité de la crise alimentaire mondiale et la nécessité impérieuse d’une coopération internationale soutenue. Il est clair que la garantie de la sécurité alimentaire pour tous exigera non seulement des politiques agricoles plus transparentes et des transferts de technologie efficaces, mais aussi une volonté politique forte pour aborder les causes profondes de la faim et de l’instabilité.
Synthèse S. M.