Réarmement massif, intelligence artificielle, cyberguerre… Un basculement global est à l’œuvre. Ce dossier spécial du Point, publié en juillet 2025, dresse un panorama stratégique des forces armées à l’échelle planétaire.
Par Rédaction
En 2025, l’équilibre militaire mondial est à un tournant. La fin de la « paix froide » post-1945 et les conflits récents (Ukraine, Ghaza, mer de Chine, Sahel) ont entraîné une reconfiguration des doctrines et des dispositifs. Trois paramètres-clés permettent d’en dresser le panorama : effectifs humains, capacités d’équipement, puissances de renseignement.
Les États-Unis : un leadership mondial mais contesté
Les États-Unis restent la première puissance militaire mondiale. Avec un budget défense de plus de 900 milliards de dollars en 2024, ils disposent de 11 portes-avions opérationnels, d’une flotte cyber redoutable, de drones MQ-9 Reaper et du B-21 Raider furtif de nouvelle génération.
Leur capacité de renseignement s’appuie sur le complexe NSA/CIA/DIA et sur les alliances Five Eyes.
La Chine : une puissance militaire en expansion rapide
Avec un budget de défense évalué à 300 milliards de dollars, la Chine poursuit sa modernisation militaire. L’APL (Armée populaire de libération) se restructure autour d’une armée numériquement connectée, dotée de missiles balistiques DF-26, de drones Wing Loong II, de navires furtifs Type 055. Le déploiement militaire dans le Pacifique Sud, en Afrique et en Arctique témoigne d’une stratégie de projection nouvelle.
La Russie : une force militaire agressive
Malgré l’épuisement lié à la guerre d’Ukraine, la Russie conserve des moyens puissants : missiles hypersoniques Zircon, systèmes S-500, sous-marins Borei. Elle est pionnière dans la guerre hybride, mêlant opérations psychologiques, mercenariat (Wagner, Redut) et cyberguerre.
La France : une puissance militaire de projection
L’intelligence artificielle : catalyseur de la guerre moderne
Un changement profond : la guerre moderne s’automatise, se digitalise, se prédit. L’IA devient un facteur déterminant.
– Commandement augmenté par l’IA
Le Pentagone teste des systèmes de commandement assistés par IA (projet JAIC, Joint All-Domain Command and Control), capables de traiter des millions de données temps réel (drones, satellites, soldats au sol) pour accélérer la prise de décision.
– Armes autonomes et drones tueurs
La Turquie (Bayraktar TB2), les Émirats (EDGE), l’Iran (Shahed-136) et la Chine testent des essais de drones autonomes. L’arme devient robotique, parfois sans supervision humaine. La réflexion éthique sur les LAWS (Lethal Autonomous Weapon Systems) est encore balbutiante.
– Cyberguerre, désinformation et guerre cognitive
Le cyberespace est un front en soi. En 2023, les cyberattaques contre les infrastructures ukrainiennes (centrales, hôpitaux) ont montré la dangerosité des virus de type NotPetya. L’IA permet également des opérations de manipulation massive (deepfakes, bots de polarisation sociale, déstabilisation électorale).
Réarmement global : chiffres et tendances
Selon le SIPRI, les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 443 milliards de dollars en 2024. L’accélération est nette :
Allemagne : +30% en 3 ans (fonds spécial Bundeswehr)
Pologne : 4% du PIB consacré à la défense
Japon : rupture historique avec la doctrine pacifiste (2% du PIB)
Afrique : dépenses en forte hausse en Égypte, au Nigeria
Les alliances se redéploient : AUKUS (Australie, UK, USA), QUAD (USA, Inde, Japon, Australie), OTAN élargie à la Suède et à la Finlande.
Vers une guerre hybride, permanente et invisible ?
La guerre n’est plus un événement ponctuel. Elle devient un état systémique, diffus, hybride, étendu aux sphères numériques, cognitives, économiques et sociétales. Les stratégies parlent de « zone grise » entre paix et guerre.
Exemples :
L’attaque contre Colonial Pipeline aux États-Unis en 2021
La manipulation de l’opinion au Myanmar par des algorithmes de haine
La captation de données via les objets connectés à des fins de profilage militaire
L’équation militaire mondiale ne repose plus sur les seules armes. Ce sont les algorithmes, les systèmes interopérables, les capacités de traitement de l’information qui forment la nouvelle puissance. Le futur appartient à ceux qui sauront combiner doctrine, technologie et anticipation.
Rédaction