La lettre du président somalien adressée au président Tebboune dénonce les ingérences régionales, notamment celles des Émirats arabes unis, qui menacent l’unité de la Somalie et la sécurité régionale.
La visite à Alger de l’envoyé spécial du président de la République fédérale de Somalie, Farah Sheikh Abdulkadir Mohamed, a mis en lumière une convergence politique et stratégique profonde entre l’Algérie et la Somalie, fondée sur la défense de la souveraineté des États, le rejet des ingérences extérieures et la préservation de l’unité nationale dans les espaces africain et arabe. Reçu par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, l’émissaire somalien a transmis un message de reconnaissance et de gratitude du président Hassan Sheikh Mohamud pour le rôle pionnier joué par l’Algérie dans le soutien des causes justes et dans la défense du principe intangible de l’intégrité territoriale.
Au-delà de la dimension protocolaire, cette rencontre s’inscrit dans un contexte régional marqué par la multiplication des foyers de déstabilisation et par la mise en œuvre d’un modèle de fragmentation systématique des États, dénoncé avec clarté par la partie somalienne. La lettre présidentielle évoque explicitement les politiques et ingérences régionales qui compromettent l’unité de la Somalie, pointant notamment les pratiques émanant des Émirats arabes unis, accusées d’attiser les conflits séparatistes et de menacer directement la sécurité régionale. Une dénonciation qui résonne fortement avec l’analyse algérienne, fondée sur une lecture globale des dynamiques de décomposition étatique à l’œuvre dans plusieurs pays arabes.
Dans ce paysage troublé, le monde commence à lever le voile sur le rôle réel joué par Abou Dhabi. Les modèles des Forces de soutien rapide au Soudan, de l’organisation QSD/YPG en Syrie, du Conseil de transition du Sud au Yémen ou encore du Somaliland dans la Corne de l’Afrique ne relèvent pas de crises isolées ou de simples conflits locaux.
Ils constituent les maillons d’un même schéma de démantèlement, soigneusement entretenu et géré, visant à transformer la région d’un espace d’États souverains en zones fragiles, fragmentées, aisément contrôlables et instrumentalisables, au service d’intérêts géopolitiques plus larges, notamment sionistes.
Cette ingénierie du chaos ne se limite pas à l’exportation de milices ou à l’encouragement de projets séparatistes. Elle s’accompagne d’une redéfinition des alliances régionales et d’une normalisation accélérée avec l’entité sioniste, devenue l’axe central de la stratégie émiratie. Abou Dhabi s’est imposé, ces dernières années, comme le principal parrain de la normalisation arabo-sioniste, allant jusqu’à orchestrer la rencontre Mangoush–Cohen en Italie, en août 2023, dans une tentative avortée de normalisation entre la Libye et l’entité sioniste. Malgré le tollé provoqué par la révélation de cette rencontre, les Émirats n’ont pas infléchi leur cap, cherchant au contraire à généraliser la normalisation afin de diluer leur responsabilité politique.
Cette obstination s’est poursuivie même après le déclenchement de la guerre contre Ghaza, révélant une volonté assumée d’installer la normalisation comme un fait accompli régional. Dans cette logique, Abou Dhabi tenterait aujourd’hui d’entraîner d’autres pays, comme la Tunisie ou la Mauritanie, dans cette trajectoire, dans une manœuvre visant à contourner et à isoler l’Algérie, l’un des derniers remparts régionaux opposés à ce projet. Si ces ambitions restent, pour l’heure, hypothétiques, elles traduisent néanmoins une stratégie persistante et structurée.
Face à ce tableau, un fait mérite toutefois une attention particulière : le profond changement d’attitude de l’Arabie saoudite à la suite de l’expérience yéménite. Le récent mouvement saoudien ne relève plus d’un simple ajustement tactique, mais semble marquer le début d’un repositionnement stratégique plus large.
Riyad paraît avoir pris conscience, certes tardivement, du danger que représente l’ingénierie du chaos pour la stabilité régionale et pour sa propre sécurité. Cette évolution traduit une tentative de restaurer le rôle du Royaume comme acteur régional indépendant, soucieux de préserver la souveraineté des États face à un projet de démantèlement global qui menace l’avenir politique du monde arabe.
L’expertise algérienne au service de la somalie
Dans ce contexte, le partenariat algéro-somalien prend une dimension stratégique renforcée. Le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab, a affirmé jeudi, au siège du ministère, la volonté de l’Algérie de soutenir la Somalie dans le développement de son secteur des hydrocarbures, notamment à travers l’expertise du groupe Sonatrach et de l’Institut algérien du pétrole (IAP).
Lors des entretiens, Arkab a souligné «l’engagement de l’Algérie, conformément aux orientations du président de la République, à consolider la coopération et à renforcer les échanges avec la République fédérale de Somalie, notamment dans le cadre de la coopération Sud-Sud et avec les pays africains frères», a indiqué le communiqué du ministère.
La rencontre a permis d’examiner «les possibilités de développer des partenariats entre Sonatrach et ses filiales et les différentes entreprises somaliennes opérant dans ce domaine». Elle a également été l’occasion de passer en revue les relations bilatérales, «se distinguant par leur caractère fraternel et historique, notamment dans les domaines des hydrocarbures et des mines», rappelant la visite officielle du président somalien en Algérie en novembre dernier, couronnée par la signature de plusieurs accords de coopération.
Les deux parties ont discuté des moyens de renforcer la coopération et l’investissement tout au long de la chaîne de valeur du secteur des hydrocarbures, englobant prospection, production, transport, raffinage et pétrochimie. L’accent a été mis sur la formation des compétences scientifiques et techniques, en tirant parti de l’expérience de l’IAP et en renforçant les programmes destinés aux cadres somaliens, ainsi que sur le partage de l’expérience algérienne dans le domaine réglementaire et juridique du pétrole et du gaz.
Assia M.
