En quête d’un dernier succès diplomatique, le président français espère encore relancer un rapprochement, devenu hautement incertain.
Critiqué et violemment attaqué par les ténors de la droite dure française après ses propos sur la question algérienne car il s’était insurgé contre ceux qu’il qualifie de «mabouls» cherchant à «se fâcher avec l’Algérie». Le climat politique français s’enflamme une nouvelle fois.
Cette fois, c’est une révélation du Monde qui relance les tensions : lors de son récent déplacement en Corée du Sud, le président français aurait confié, en privé, sa volonté persistante de sortir par le haut du dossier algérien. Le président Macron, qui avait commencé son premier quinquennat en misant sur un apaisement des mémoires avec l’Algérie, voit la relation bilatérale plonger dans sa crise la plus virulente depuis 1962. Un échec auquel il refuse de se résigner, à un an de son départ de l’Elysée.
Dans l’avion présidentiel qui le ramène à Paris le 3 avril, Emmanuel Macron, accompagné de son conseiller diplomatique Emmanuel Bonne, échange avec sa délégation. En croisant la députée Sabrina Sebaihi, figure franco-algérienne engagée sur les questions mémorielles, il change soudain de sujet : «Alors, qu’est-ce qu’on fait avec l’Algérie ? »
La question est directe. Le constat aussi. Selon l’élue, le chef de l’État est animé d’une intention claire : réconcilier la France et l’Algérie avant la fin de son mandat. Une ambition que plusieurs interlocuteurs du Président disent percevoir depuis des mois.
Car Macron ne veut pas quitter l’Élysée sur un échec avec Alger. Trop symbolique. Trop lourd politiquement, après un premier quinquennat qu’il avait voulu placer sous le signe de la reconnaissance mémorielle et du «réapprentissage du passé colonial».
Mais la réalité diplomatique est tout autre : la relation franco-algérienne traverse l’une des périodes les plus tendues depuis 1962.
Un fragile début de dégel
Ces dernières semaines, quelques signaux laissent pourtant entrevoir un début d’apaisement. Sur le plan de la coopération migratoire, à la suite d’une visite à Alger du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñes, en février, la délivrance des laissez-passer consulaires pour les ressortissants algériens en situation irrégulière a repris, alors qu’elle était totalement suspendue depuis 2025.
Sur le plan économique, le président du Medef, Patrick Martin, était à Alger pour renouer les contacts avec le patronat local. Enfin, des canaux parallèles se sont activés avec le déplacement en Algérie de l’ex-ministre Ségolène Royal, qui a pu rendre visite à Christophe Gleizes dans sa cellule. Mais ces gestes restent techniques. Et fragiles.
Une relation prisonnière de l’Histoire
Le cœur du blocage reste inchangé : la mémoire coloniale, les tensions politiques et les crispations récurrentes sur les visas et les expulsions.
Depuis 2017, Emmanuel Macron a pourtant multiplié les gestes forts : reconnaissance de responsabilités historiques, discours sur la colonisation qualifiée de «crime contre l’humanité», volonté assumée de rouvrir le dossier mémoriel.
Mais cette stratégie d’apaisement s’est heurtée à une réalité plus dure : celle d’une relation cyclique, sensible et profondément politique, où chaque avancée est suivie d’un retour de tension.
Dernière ligne droite diplomatique
À un an de la fin de son mandat, le temps joue contre l’Élysée. Les marges de manœuvre se réduisent, et l’objectif d’une normalisation durable apparaît incertain.
Reste une volonté politique affichée : ne pas laisser la relation franco-algérienne comme un dossier inachevé du quinquennat.
Dans ce contexte, même les affaires individuelles, comme celle du journaliste Christophe Gleizes, prennent une dimension diplomatique, incarnant à leur manière les tensions — mais aussi les possibles ouvertures — entre Paris et Alger.
Une chose est sûre : entre mémoire, politique intérieure et enjeux diplomatiques, la relation franco-algérienne reste l’un des dossiers les plus sensibles du dernier acte de la présidence Macron.
H. Adryen
