Le procès de l’ancien directeur général de l’Office de promotion et de gestion immobilière (OPGI) d’Hussein Dey, Rahaimia Mohamed, n’a pas pu se tenir hier devant la première chambre pénale de la cour d’Alger.
Par Redouane Hannachi
En raison de l’absence de plusieurs parties concernées, les magistrats ont décidé de reporter l’affaire au 1er octobre prochain. Une affaire sensible qui replonge l’opinion publique dans les pratiques opaques de gestion des logements sociaux au temps de l’ancien système. Déjà condamné par le tribunal de Chéraga à une peine de trois ans de prison ferme assortie d’une amende de 200 000 dinars, Rahaimia Mohamed est poursuivi pour une série d’accusations lourdes : trafic d’influence, faux et usage de faux dans des documents administratifs, marchandage sur des logements sociaux et perception de pots-de-vin.
Corrompu récidiviste
Selon les conclusions de l’instruction, l’ancien DG aurait exploité son poste pour monnayer l’attribution de logements relevant de l’OPGI, exigeant des citoyens des sommes colossales afin de leur ouvrir l’accès à des biens qui, en principe, sont destinés aux plus démunis. L’homme n’en est pas à sa première affaire judiciaire. Il avait déjà passé plus de trois années en détention durant les grandes campagnes d’assainissement lancées contre les cadres impliqués dans la corruption. Dans ce nouveau dossier, il a été reconnu coupable d’avoir donné des instructions directes aux responsables des agences situées à la place du 1er Mai afin de favoriser certaines «connaissances» dans l’obtention de logements sociaux, en toute conscience qu’elles n’y avaient pas droit. Son collaborateur, C. Mohamed, chargé des biens fonciers, a été également condamné à trois ans de prison ferme et 200 000 dinars d’amende pour complicité de faux et usage de faux.
Devant le juge, il a tenté de minimiser sa responsabilité, affirmant : «Je n’ai fait qu’appliquer les directives émanant de mon supérieur hiérarchique». Le tribunal a aussi reconnu coupable l’ancien responsable du service de location des logements sociaux de l’OPGI de Sidi M’hamed. Celui-ci a écopé de la même peine pour avoir remis à des locataires des documents falsifiés, sans que ces derniers n’en aient conscience. Plusieurs autres cadres de l’OPGI ont été condamnés par contumace à cinq ans de prison ferme et 300 000 dinars d’amende. Ils sont activement recherchés après que des mandats d’arrêt ont été lancés à leur encontre, à la fois par le juge d’instruction chargé de l’enquête et par le tribunal correctionnel de Chéraga. Le procureur de la République avait requis de son côté cinq ans de réclusion contre Rahaimia Mohamed et ses collaborateurs directs.
Favoritisme et clientélisme
L’enquête préliminaire, confiée aux services de la gendarmerie nationale de Bouchaoui, a révélé un mécanisme bien huilé de corruption. Les investigations ont prouvé que des logements sociaux étaient accordés en échange de fortes sommes d’argent. Un bénéficiaire identifié, B.A., a ainsi déclaré avoir versé une importante somme remise à un employé de l’APC de Ouled Fayet. Mais le service de l’attribution des logements sociaux de la wilaya d’Alger a confirmé que son nom ne figurait sur aucune liste officielle, ce qui démontre la falsification des procédures. Les enquêteurs ont établi que les sommes exigées aux demandeurs oscillaient entre 600 et 800 millions de centimes, des montants exorbitants pour des logements censés être attribués à des prix symboliques. Ces révélations ont provoqué l’indignation de nombreux citoyens qui se sont estimés floués par un système de favoritisme et de clientélisme.
Face à la gravité des faits, la défense n’a pu que plaider les circonstances atténuantes, en insistant sur le passé professionnel de leurs clients et leur âge avancé. Les avocats ont par ailleurs annoncé leur intention de faire appel auprès de la cour d’Alger afin de solliciter une révision des condamnations. Il faut rappeler que Rahaimia Mohamed avait été placé en détention provisoire à la prison d’El Harrach dès 2019, par décision du juge d’instruction de la 9e chambre du tribunal de Sidi M’Hamed, spécialisée dans les affaires de malversation et de corruption. Son nom avait déjà été cité dans l’affaire de l’ex-patron de la Sûreté nationale, Abdelghani Hamel, poursuivi avec plusieurs membres de sa famille.
Détournement
Dans ce sillage, l’ex-DG avait été entendu dans de multiples dossiers liés à l’usage de faux. L’enquête avait également mis en lumière l’implication d’une chargée du social au sein de la daïra d’Hussein Dey, qui, au lieu d’être poursuivie pénalement, avait simplement été mutée dans une autre administration grâce à ses relations avec un ancien wali, lui-même limogé et poursuivi ultérieurement. L’affaire est d’une ampleur inédite : pas moins de 120 inculpés sont appelés à comparaître devant la chambre pénale pour répondre de faits qualifiés de graves. Tous sont soupçonnés d’avoir participé, à des degrés divers, à un vaste réseau de détournement et de marchandage autour des logements sociaux, un secteur censé être protégé des dérives spéculatives.
En attendant le 1er octobre, date fixée pour le procès en appel, l’ancien DG de l’OPGI d’Hussein Dey et ses collaborateurs restent sous le coup de lourdes condamnations. Le dossier, emblématique des dérives de l’ancien système, illustre combien l’accès au logement social a pu être dévoyé par des pratiques illégales, alimentées par la corruption et l’influence. Le verdict à venir sera scruté de près par l’opinion publique, dans un contexte où la lutte contre la malversation demeure un enjeu majeur pour la justice et pour l’État.
R.H.
