La droite française ne désarme pas. Elle poursuit sans relâche son offensive belliqueuse contre l’Algérie. Après l’annonce, il y a quelques jours de la publication au mois de juillet prochain d’un rapport sur le coût financier de l’accord de 68, le président du groupe Union des droites pour la République (UDR), Éric Ciotti, fait encore parler de lui puisqu’il compte présenter, le 26 juin, à l’Assemblée française une proposition de résolution de dénonciation des accords de 68. Ciotti est, avec notamment le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, l’un des partisans d’une ligne dure avec l’Algérie.
Alors que les deux pays sont en crise depuis plus de dix mois, la droite pousse pour éterniser le désaccord. Ce n’est pas la première fois qu’Éric Ciotti tient un tel discours et lance une offensive au Parlement contre l’accord franco-algérien sur l’immigration. En mars dernier, il avait appelé ouvertement à la révocation du texte, interpellant ainsi le gouvernement : «De quoi avez-vous peur ? Les Français attendent des actes, et non des coups de menton ou des paroles». Cette proposition de résolution (et non d’une proposition de loi), n’aura pas, qu’elle soit votée ou non, de valeur contraignante pour l’exécutif. Ce texte ne sera pas examiné en commission cette semaine. La proposition de résolution dispose que les «autorités algériennes font montre d’une hostilité grandissante à l’égard de la France, qu’aucun motif ne justifie désormais que les ressortissants algériens bénéficient d’un régime favorable et qu’il est nécessaire d’arrêter l’immigration de masse vers la France». Le texte de la proposition de résolution considère qu’«il est temps d’adapter notre arsenal juridique en matière migratoire à l’évolution de notre relation avec l’Algérie», et qu’ il convient de redonner à l’Etat les moyens juridiques de limiter, et suspendre si nécessaire, l’octroi de visas aux Algériens». Une première proposition de résolution demandant aux autorités françaises de dénoncer l’accord franco-algérien de 1968 avait déjà été défendue sans succès à l’Assemblée fin 2023, lors d’une journée réservée au groupe LR dont faisait partie à l’époque Éric Ciotti.
Mais le texte a de fortes chances de se voir rejeté encore une fois ! Si le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, mais également le Premier ministre François Bayrou, ont évoqué la menace d’une remise en cause de l’accord de 1968, le président Macron reste le gardien constitutionnel de ce qui a valeur de traité entre les deux pays. Outre la question des accords avec l’Algérie, liée au thème de l’immigration dont Eric Ciotti a fait une priorité, une proposition de loi déjà adoptée au Sénat a été mise à l’ordre du jour de la niche parlementaire UDR pour «renforcer les prérogatives des officiers de l’état civil et du ministère public pour lutter contre les mariages simulés ou arrangés». Le texte vise à ajouter un article au code civil selon lequel «le mariage ne peut être contracté par une personne séjournant de manière irrégulière sur le territoire national». Autre texte relevant d’une politique de fermeté revendiquée, la proposition de loi «visant à instaurer une contribution des détenus aux frais d’incarcération». Autant de sujets qui promettent d’intenses débats en commission comme dans l’hémicycle. Le texte de 1968 régit le séjour des ressortissants algériens en France depuis plus d’un demi-siècle et celui de 2013 porte sur l’exemption réciproque de visas pour les porteurs de passeports diplomatiques de l’un ou de l’autre pays.
Une vingtaine de chefs d’entreprises français à Alger
Mais si les relations diplomatiques sont quasiment suspendues depuis quelque mois, l’économie résiste au gel. Une vingtaine d’entreprises françaises et plus de 150 sociétés algériennes participent depuis hier aux Journées de l’industrie. «Il s’agit de la première rencontre entre des entreprises algériennes et françaises dans le domaine de l’industrie en 2025. Nous avons déjà organisé des rencontres sectorielles dans la pharmacie, l’agroalimentaire et dans d’autres domaines. Aujourd’hui, notre objectif est de réunir des entreprises du secteur de l’industrie qui veulent investir en Algérie ou y apporter leur savoir-faire», explique dans un entretien à un site électronique Michel Bisac, président de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française qui organise cette rencontre. «Nous avons réussi à mobiliser, et nous en sommes très fiers, une vingtaine d’entreprises françaises qui sont présentes aujourd’hui à ces Journées de l’industrie. Il y a aussi plus de 150 entreprises algériennes dont 40 du secteur public», précise Bisac.
Pour ce dernier, les chefs d’entreprises peuvent sauver la relation franco-algérienne qui n’a jamais été aussi proche de la rupture en raison des nombreux dossiers qui fâchent entre les deux pays. «Nous le pensons depuis toujours. Nous devons séparer l’économie de la politique. C’est extrêmement important. Les 6.000 entreprises françaises qui travaillent en Algérie n’ont jamais arrêté de le faire quelles que soient les positions dures qui ont pu être exprimées ces derniers temps. Nous avons absolument besoin de continuer cette relation économique», soutient-il. Dans ce contexte, il relativise la chute des exportations françaises vers l’Algérie durant le premier trimestre 2025.
Mahmoud Tadjer