Constatant l’extrême gravité des faits, la brutalité du modus operandi et l’indiscutable intention criminelle de l’accusé, les magistrats de la chambre criminelle de la Cour suprême ont décidé, sans la moindre hésitation, de rejeter son troisième pourvoi en cassation. Le mis en cause, un boucher de Bordj El Kiffan, avait déjà été condamné à mort pour un meurtre d’une sauvagerie inouïe.
Par : Redouane Hannachi
L’affaire, qui a marqué les esprits par sa cruauté, avait pour toile de fond un différend financier. L’accusé, identifié par les initiales H.K., âgé d’une trentaine d’années, originaire de Tizi-Ouzou mais installé à Bordj El Kiffan, devait à sa victime une somme avoisinant les 68 millions de centimes. Lourdement endetté, il a conçu un plan prémédité et machiavélique pour se débarrasser de son créancier. La veille des faits, il avait congédié son employé sous prétexte qu’il n’y avait plus de viande à vendre, prenant soin de libérer son commerce pour exécuter son projet criminel. Le jour du drame, il invite sa victime à dîner afin de « régler leur différend ». La rencontre a lieu dans son local commercial. Mais derrière cette invitation de façade, l’accusé avait déjà préparé couteaux et hachoir. La victime, loin de se douter de ce qui l’attendait, lui réclame son argent. Le ton monte, la discussion tourne à la rixe. L’accusé se saisit d’une arme blanche et assène plusieurs coups violents au cou et au thorax. Pour s’assurer de la mort de son antagoniste, il laisse choir un hachoir de vingt-cinq kilos sur le corps inanimé. Puis, avec un sang-froid glaçant, il plie la dépouille, la glisse dans des sacs-poubelle et l’entrepose dans un réfrigérateur, de 11h30 à 17h, le temps que le sang cesse de couler. Après avoir nettoyé minutieusement son local, il rentre chez lui, prend une douche, change de vêtements et s’efforce d’effacer toutes les traces. Dans la soirée, il transporte le cadavre dans le coffre de sa Peugeot 206, avant de l’abandonner dans une décharge publique située à proximité immédiate du centre hospitalo-universitaire de Hassen Badi, sur la vieille route reliant Bordj El Kiffan à El Mohammedia. Le corps sera découvert trois jours plus tard, en état de décomposition avancée, par les éboueurs de la commune.
Un accusé imperturbable
Ce procès restera dans la mémoire de tous ceux qui y ont assisté : magistrats, membres du jury, avocats, journalistes et observateurs. La froideur avec laquelle l’accusé répondait aux questions du président d’audience, du procureur général et même de son propre avocat, a sidéré la salle. Le président Abdelmalek Boubettra, assisté des conseillères Hamida Djoglaf et Djamila Berkane, a dû faire face à un accusé imperturbable, qui persistait à nier toute préméditation. À la barre, H.K. tente maladroitement de renverser la thèse de l’accusation : «Je n’avais pas l’intention de tuer», déclare-t-il. Selon lui, la victime aurait tenté de le frapper à l’aide d’un couteau posé sur le présentoir, et il ne faisait que se défendre. Mais ses propos sont contredits par les éléments matériels du dossier : la préparation du piège, la présence d’armes, la mise à l’écart de son employé et la dissimulation du cadavre. Le comble, c’est que durant les recherches menées par la famille du défunt, l’accusé avait feint l’innocence. Interrogé par le père de la victime, il avait répondu qu’il ne l’avait pas vu depuis longtemps, allant même jusqu’à participer aux recherches organisées pour le retrouver. Un comportement qui démontre, selon l’accusation, la volonté manifeste de tromper et de couvrir son crime.
Ni indulgence ni circonstances atténuantes
Dans son réquisitoire, le procureur général est catégorique : «Tous les éléments de la préméditation sont réunis. L’intention homicide ne fait aucun doute ». Il requiert la peine capitale, estimant que l’accusé a commis « un crime crapuleux, sans mobile légitime, qui ne mérite ni indulgence ni circonstances atténuantes ». De leur côté, les avocats de la défense plaident a minima. Conscients du caractère accablant du dossier, ils sollicitent uniquement l’application des articles relatifs aux circonstances atténuantes, invoquant le casier judiciaire vierge de leur client et s’appuyant sur l’article 53 bis du code pénal ainsi que l’article 592 du code de procédure pénale. Mais leurs arguments n’ébranlent pas le jury. Après des délibérations brèves, le tribunal criminel se prononce : unanimement coupable, et refus des circonstances atténuantes.
Le verdict tombe : la peine de mort est confirmée. L’accusé, blême, reste figé, muet, lançant des regards vides vers ses avocats et les magistrats. Ses défenseurs introduiront par la suite un pourvoi en cassation, plus par formalité que par conviction, sachant qu’ils ne pouvaient renverser l’issue d’un procès où tous les éléments plaidant la culpabilité avaient été établis. Cette affaire restera dans les annales judiciaires, non seulement par la violence du crime, mais aussi par la froideur et la duplicité de son auteur, qui jusqu’au bout a tenté de se dérober à l’évidence.
R.H.
