Parler en quelques lignes de Hocine Ait-Ahmed est loin d’être une sinécure, tant l’homme, de par son parcours historique et militant, inspire respect. Chef « historique» du Front de libération nationale (F.L.N.), Hocine Ait-Ahmed, descendant, du vénérable Cheikh Mohand Oulhoucine par son père et de Lalla Fadhma N’soumer par sa mère, est né le 20 août 1926 à Aïn el-Hammam dans la wilaya de Tizi Ouzou.
Titulaire de la première partie du baccalauréat, il mène de front d’excellentes études et une activité politique précoce. Encore lycéen, il adhère, en 1943, au Parti du peuple algérien (P.P.A) fondé en 1937 par Messali Hadj. Une adhésion le plaçant sur la ligne révolutionnaire.
D’ailleurs, il participa à la dynamique du PPA, puis du MTLD, contribuant à la maturation du projet indépendantiste. En mars 1945, il intègre le congrès révolutionnaire du MTLD, s’affirmant déjà comme une figure montante du Mouvement national.
Les événements du 8 mai 1945 allaient le propulser, davantage, au devant de la scène politique, en rédigeant en 1948 un rapport pour la réunion du comité central de la principale formation nationaliste, le P.P.A.-M.T.L.D, dans lequel il insista sur « l’importance de la lutte armée liée au facteur politique ».
Il a sacrifié ses études pour la lutte et a vécu la vie dangereuse de maquisard, comme l’a souligné Benyoucef Benkhedda dans son ouvrage « Aux origines du 1er novembre 1954 ».
Chef de l’OS à 22 ans
Coopté au bureau politique, chargé de l’« Organisation spéciale » (O.S.), Hocine Aït Ahmed prend la tête de l’organisation paramilitaire du PPA-MTLD, à la mort de son premier chef Mohamed Belouizdad.
A 22 ans, il est chef d’état-major des combattants de la lutte armée qu’il dirigea de novembre 1947 à décembre 1949, avant d’être destitué en 1949 de son poste de dirigeant de l’Organisation, suite aux «accusations» de « séparatiste berbère».
Durant cette période, il rédigea un manuel complet de guérilla «inspiré de la révolution irlandaise». Lors du colloque, Benjamain Stora a évoqué l’éveil précoce du jeune Hocine-Aït Ahmed au militantisme, en partant de son village de Kabylie, pour intégrer le Parti du peuple algérien (PPA) dès la fin de la deuxième guerre mondiale, alors qu’il n’avait pas encore 20 ans.
Tandis que l’historien Mohamed Lahcen Zeghidi, coprésident de la Commission conjointe d’historiens algériens et français «Histoire et mémoire», a mis l’accent sur le travail de terrain, notamment la création de cellules militantes dans les villages de Kabylie avant que le défunt militant ne rejoigne la capitale où il gravira vite les échelons au sein du PPA jusqu’à devenir, en 1947, chef de l’Organisation spéciale (OS).
Conférence afro-asiatique de Bandung
Recherché par la police française, il gagne Le Caire en 1951. après la scission du P.P.A.-M.T.L.D. entre partisans et adversaires de Messali Hadj en 1954, il opta pour l’action armée et participa à la création du Front de libération nationale (F.L.N.). Membre de la délégation extérieure du Front, il assiste à la première conférence afro-asiatique de Bandung en avril 1955, puis séjourne à New York en vue de la préparation des débats à l’O.N.U. Après le congrès de la Soummam ( 1956), il est nommé membre du Conseil national de la révolution algérienne (C.N.R.A.).
Victime du premier détournement politique
Deux mois plus tard, alors que les responsables du F.L.N. sont recherchés activement par la police française, l’avion qui les transporte de Rabat vers Tunis est « piraté » en plein ciel par l’armée française, dans ce qui est qualifiée de « premier détournement politique» de l’histoire contemporaine. Emprisonné durant toute la durée de la guerre d’Algérie, il sera libéré après le cessez-le-feu de mars 1962. Opposé à la politique menée, alors, il créa en septembre 1963, le parti du Front des Forces Socialistes.
Un fin diplomate
Trempé dans l’adversité dès son jeune âge, ce personnage illustre a laissé une empreinte durable sur l’histoire de l’Algérie en raison de son engagement et de sa lutte incessante pour une Algérie indépendante, libérée du joug et de la barbarie coloniale française. Actif depuis qu’il est lycéen, Hocine Aït Ahmed a consacré sa vie, y compris le temps passé en détention et en exil, à la poursuite de ses objectifs politiques.
Le leader historique, décrit comme un « fin stratège au parcours et au combat exceptionnels, multidimensionnel, pour un même idéal, l’indépendance et les libertés pour son pays et ses concitoyens», s’est également révélé être un « fin diplomate » et un expert « hors pair » des enjeux mondiaux.
R.C.
