Le mouvement de résistance islamique Hamas a remis aux médiateurs sa réponse au plan de Donald Trump, visant à mettre fin à la guerre dans la bande de Gaza et à instaurer ce que ce dernier a qualifié de «paix» dans la région.
Dans un communiqué, le mouvement a indiqué avoir mené de «larges consultations afin d’adopter une position responsable» vis-à-vis de ce plan, dans l’objectif de mettre fin à l’agression sioniste. Il confirme aussi son accord pour confier la gestion de Ghaza à une autorité palestinienne indépendante, soutenue par le monde arabe et islamique. Hamas précise que les questions sur l’avenir de Gaza et les droits palestiniens doivent être discutées dans un cadre palestinien unifié, auquel il participera activement. Dans cet entretien, le politologue Hakim Boughrara revient sur la réponse du Hamas, la réaction de Trump et la portée de ce développement.
Crésus : Comment interprétez-vous l’accord du Hamas concernant la proposition de Trump ?
Hakim Boughrara : L’acceptation par le Hamas et les autres factions palestiniennes de l’initiative de Trump représente une victoire majeure pour la cause palestinienne. Le simple fait que la Maison Blanche ait attendu la réponse du Hamas constitue une reconnaissance implicite du mouvement, de la résistance et de ses droits. Les Américains auraient très bien pu continuer à soutenir l’entité sioniste sans chercher la moindre solution pour arrêter le génocide et la guerre.
L’accord du Hamas représente donc un coup sévère pour Netanyahou, qui ne s’attendait pas à une telle réponse. Cela prouve que les factions palestiniennes ont agi avec intelligence, adoptant une position souple qui leur permet de négocier les détails plus tard. C’est dans ce contexte qu’on entend parler aujourd’hui d’un plan de retrait de l’entité sioniste de la bande de Ghaza. Mais il faut rester très prudent, car la ruse et la perfidie de Netanyahou, en complicité avec les Américains, ne sont plus à démontrer.
C’est pourquoi les factions palestiniennes, en particulier le Hamas, gèrent la situation avec une extrême prudence et une grande intelligence. Même la trêve temporaire pourrait n’être qu’une manœuvre destinée à tromper la résistance, à l’amener à remettre ses armes et à libérer les prisonniers, avant de reprendre l’agression sur Ghaza.
Avec l’entité sioniste, qui n’a jamais respecté ses engagements, tout est possible. Mais cette démarche du Hamas, saluée à la fois par l’Autorité palestinienne et au niveau international, pourrait servir de garantie pour maintenir le cessez-le-feu, dans l’attente d’un véritable accord sur le plan global.
Quelle est la signification de l’insistance du Hamas sur un «cadre national palestinien unifié» et sur la remise de Ghaza à des «technocrates indépendants» ?
Le Hamas et les factions palestiniennes appellent, depuis la rencontre d’Alger en octobre 2022, à l’unification du front palestinien : organiser des élections, redonner sa légitimité à l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et mettre en place un Conseil national palestinien qui inclurait aussi bien les Palestiniens de l’intérieur que ceux de la diaspora. Tout cela vise à réaliser l’unité nationale. Le discours du Hamas à ce sujet est donc cohérent et clair.
Cependant, certaines parties impliquées dans la question palestinienne restent sur la réserve, refusent la voie de la résistance et s’alignent sur des forces extérieures qui ne souhaitent pas le bien du peuple palestinien. Ces forces cherchent à imposer la domination de l’entité sioniste et ce sont elles qui ont saboté tous les projets d’unité nationale.
Comment interprétez-vous la réaction de Donald Trump à la réponse du Hamas qu’il qualifie de «positive» ? Pensez-vous qu’il soit sincère dans sa volonté de paix durable au Moyen-Orient, ou s’agit-il d’un calcul personnel ?
Je pense que Donald Trump, en saluant la position des factions palestiniennes et de la résistance, cherche avant tout à renforcer ses chances d’obtenir le prix Nobel de la paix, dont l’annonce est prévue dans quelques semaines. Il veut se présenter comme l’homme qui a mis fin à l’agression et au génocide en cours à Ghaza et en Cisjordanie. Il faut reconnaître que depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Trump a adopté une approche nouvelle dans les relations américaines avec la résistance : il a engagé des démarches indirectes qui constituent une reconnaissance implicite du rôle de la résistance et de la représentativité du Hamas auprès d’une large partie du peuple palestinien.
En effet, il joue sur plusieurs fronts. D’un côté, il cherche à redorer son image à l’intérieur des États-Unis, sérieusement détériorée par les grandes manifestations de soutien à la cause palestinienne, qui ont également mis à nu les crimes de l’entité sioniste. Son alignement total sur cette entité a fortement terni sa réputation et celle des Républicains, au point que cela pourrait impacter les élections de mi-mandat.
Trump voit donc dans l’acceptation de son initiative par la résistance un gros coup politique et médiatique qu’il va exploiter pour améliorer son image personnelle et celle des États-Unis. Il veut apparaître comme le leader mondial capable de résoudre les crises.
Même si ses intentions sont discutables, il faut voir cette ouverture sous un angle positif : la cause palestinienne traverse un siège international terrible, et parvenir à pénétrer jusqu’au cœur de la Maison-Blanche avec un discours de résistance représente un acquis stratégique majeur pour la suite des négociations et du combat pour les droits du peuple palestinien, d’autant plus après les récentes reconnaissances officielles de plusieurs États européens.
Compte tenu du comportement habituel de l’entité sioniste — non-respect des accords et des compromis — quelles sont les chances qu’elle applique réellement les termes de l’accord, notamment l’arrêt des bombardements, le retrait total et la non-déportation des Palestiniens ? Ou sommes-nous face à une nouvelle manipulation sioniste pendant que la catastrophe humanitaire à Ghaza se poursuit ?
Les chances que l’entité sioniste respecte ses engagements sont à la fois très faibles et en même temps possibles, car la conjoncture actuelle est totalement inédite. Aujourd’hui, l’entité sioniste est isolée comme jamais : les peuples du monde entier, mais aussi de plus en plus de gouvernements, la rejettent. Plus personne ne visite ce régime, que ce soit les Européens ou les Asiatiques. Le discours dominant est celui de la dénonciation des crimes, des criminels de guerre sionistes, de la crise interne du régime et des menaces existentielles qui pèsent sur lui.
C’est le résultat inévitable des coups portés par la résistance et de l’attachement des Palestiniens à leurs droits. Netanyahou, qui a joué toutes ses cartes, n’a même pas réussi à obtenir la moindre victoire : ni l’élimination de la résistance, ni l’occupation de Ghaza, ni la libération des prisonniers, ni même la préservation des acquis sionistes établis depuis 1948. Tout est en train de s’écrouler.
En vérité, ce sioniste a causé plus de victoires au peuple palestinien qu’il ne l’imagine, par sa stupidité, son arrogance, et sa volonté maladive d’utiliser la politique pour rester au pouvoir, échapper à la justice et éviter la prison, qui l’attend tôt ou tard.
Quel rôle jouent les médiateurs dans la garantie de l’application d’un éventuel accord ?
Je pense que l’entité sioniste a également perdu la carte des médiateurs, en raison des violations qu’elle a commises, mettant dans l’embarras tous les États normalisateurs, les alliés et les complices de l’entité sioniste. Aujourd’hui, même au sein de l’entité elle-même, de plus en plus de voix rejettent cette politique de guerre, d’agression et de génocide contre les Palestiniens.
Le rôle des médiateurs devient donc essentiellement secondaire et symbolique, limité à accueillir les délégations, transmettre les réponses de la résistance et relayer ce que les Américains veulent imposer. Ils ne sont plus des acteurs souverains dans le processus.
Le choix de l’Égypte comme médiateur principal cette fois montre bien que les pays de la région eux-mêmes commencent à perdre patience face aux politiques sionistes et américaines. Ils commencent à prendre leurs distances.
On l’a vu très clairement dans les discours prononcés à l’ONU lors de la 80e session de l’Assemblée générale, où de nombreux chefs d’État ont critiqué ouvertement l’entité sioniste et ses crimes, ce qui était impensable auparavant
Si l’accord est effectivement mis en œuvre, peut-on espérer un règlement global de la cause palestinienne ? Ou bien l’entité sioniste considérera-t-elle cela comme une simple «trêve temporaire» avant de reprendre l’agression ?
Il est certain que l’avenir de la cause palestinienne s’annonce prometteur. Tous ces acquis récents — la reconnaissance internationale croissante, le soutien populaire mondial, les dénonciations contre l’entité sioniste, même en Occident — témoignent d’un tournant. Malgré les sacrifices immenses — près de 200 000 martyrs, blessés, ou disparus, et une destruction presque totale de Ghaza — ce coût humain extrêmement élevé ne peut déboucher que sur une issue honorable : la victoire, la libération et la reconquête des droits.
Les causes pour lesquelles tombent des centaines de milliers de martyrs ne peuvent aboutir qu’à des victoires historiques. Ce n’est qu’une question de temps.
D’un point de vue militaire, l’entité sioniste a clairement montré sa faiblesse. À l’avenir, elle évitera certainement toute guerre terrestre ou incursion au sol, car même ses propres rapports parlent de plus de 17 000 tués et blessés dans ses rangs. Cela constitue un échec cuisant.
Après une trêve ou un accord, Netanyahou devra affronter de lourds dossiers internes. C’est le prix de ses crimes, de son échec, et de l’humiliation que lui ont infligée la résistance et le peuple palestinien.
Islam K.
