À la veille d’une conjoncture régionale délicate, l’Algérie renforce son cap stratégique vers la Tunisie. Le Premier ministre Sifi Ghrieb effectuera cette semaine une visite officielle à Tunis.
Cette visite s’inscrit dans le cadre d’une série de rencontres dédiées à l’examen des dossiers de coopération économique, du commerce bilatéral, de la coordination politique et de la mobilité entre les deux pays, ainsi que des projets de développement dans les zones frontalières. A l’ordre du jour, la relance du partenariat économique, au renforcement des échanges commerciaux et à la coordination politique et sécuritaire entre les deux pays.
A l’occasion, Sifi Ghrieb coprésidera, aux côtés de la cheffe du gouvernement tunisien Sarra Zaafrani Zenzri, les travaux de la 23e session de la Grande Commission mixte algéro-tunisienne. Il sera accompagné d’une délégation ministérielle étoffée, notamment les Affaires étrangères, l’Intérieur, l’Agriculture, l’Industrie, l’Énergie, le Commerce et les Sports. Signe de l’importance que revêt cette rencontre pour Alger, qui souhaite resserrer les liens avec un voisin en proie à de lourdes difficultés économiques.
Dynamiser les zones frontalières
Les travaux aborderont également l’état des postes frontaliers et les moyens d’améliorer la circulation des personnes. Les deux pays entretiennent une coopération continue sur les questions frontalières, notamment en matière de développement, de sécurité et de lutte contre les défis communs. Avant cette réunion, une autre commission algéro-tunisienne s’est tenue dans la wilaya d’El-Tarf pour suivre le projet de développement économique et de promotion du commerce transfrontalier. Les discussions ont porté sur une vision juridique et opérationnelle visant à dynamiser les zones frontalières, créer des opportunités d’emploi, améliorer les conditions de vie et transformer ces régions en espaces de coopération et de développement par le soutien des secteurs porteurs et le renforcement des capacités logistiques, techniques et commerciales des acteurs locaux. D’autant que la question de la mobilité entre les deux pays figure d’ailleurs en bonne place dans l’agenda de la Grande commission, notamment l’amélioration des postes frontaliers et le développement intégré des zones frontalières.
Energie, sécurité et lutte contre la contrebande
La coopération sécuritaire demeure un pilier majeur de la relation bilatérale. La relance en 2024 de la ligne ferroviaire Tunis-Annaba après trente ans d’interruption a été saluée comme un symbole d’apaisement et un instrument de lutte contre les réseaux de contrebande et la migration irrégulière. En octobre dernier, un accord militaire – présenté comme une « étape décisive » – est venu entériner cette convergence stratégique, dans un contexte marqué par la montée des risques au Maghreb et au Sahel.
Le dossier énergétique, quant à lui, sera l’un des points forts des discussions. Les deux pays ont engagé des études pour la création d’un corridor électrique régional, appelé à s’étendre à la Libye. Il y a deux semaines, l’Algérie a déjà fourni 800 mégawatts d’électricité à la Tunisie via l’interconnexion maghrébine, pour l’aider à surmonter une panne majeure sur son réseau.
Un commerce en deçà du potentiel
Malgré une progression de 11 % en dix ans, les échanges commerciaux – environ 5 milliards de dollars, dont 2 milliards hors hydrocarbures – restent en retrait par rapport au potentiel économique des deux pays. Le commerce légal est fortement perturbé par les trafics frontaliers : carburants et produits subventionnés algériens passent clandestinement vers la Tunisie, tandis que du bétail transite illégalement dans l’autre sens. Une réalité alimentée par la pauvreté des zones frontalières, particulièrement du côté tunisien.
Un Forum économique
Sur le plan économique, un Forum d’affaires se tiendra mercredi en marge de la visite. Industriels et entrepreneurs y exploreront de nouveaux partenariats et retraceront les expériences tunisiennes ayant réussi à s’implanter en Algérie grâce aux facilités accordées. Lors d’une réunion précédente entre le Conseil algérien du renouveau économique et l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, les deux organisations avaient appelé les gouvernements à accélérer la création de zones de libre-échange, la mise en place de zones industrielles intelligentes dans les régions frontalières, la levée des obstacles administratifs et financiers entravant l’investissement conjoint, la simplification des procédures logistiques pour faciliter la circulation des marchandises, l’amélioration des transactions financières, ainsi que la création d’une base de données économique commune.
R.N.
