Entre crise énergétique mondiale et tensions au Moyen-Orient, l’Italie renforce ses liens avec l’Algérie, premier fournisseur de gaz du pays, pour sécuriser ses approvisionnements et consolider sa position stratégique en Méditerranée.
La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, est attendue à Alger ce mercredi 25 mars 2026 pour une visite officielle sur invitation du président de la République, Abdelmadjid Tebboune.
Cette visite avait été annoncée en février dernier lors d’un échange téléphonique entre les deux chefs d’État. Les relations de coopération bilatérale entre l’Algérie et l’Italie ont été évoquées lors de cet entretien, indique la Présidence de la République dans un communiqué.
L’entretien a notamment porté sur la visite prochaine de la présidente du Conseil italien en Algérie. Cette visite constituera également une occasion pour la mise en place de la Chambre de commerce algéro-italienne, initiative proposée par Mme GiorgiaMeloni.
Les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint 14 milliards d’euros en 2025, dont 8,1 milliards concernaient le gaz naturel. Les exportations italiennes vers l’Algérie ont progressé de 13,8 %, atteignant 3,2 milliards d’euros. «Nous sommes en contact direct avec tous les acteurs concernés», a confirmé Gilberto Pichetto, ministre italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique.
Contexte géopolitique tendu
Cette visite intervient dans un contexte géopolitique complexe. Depuis le début de l’agression américano-sioniste contre l’Iran, les marchés de l’énergie sont en pleine tourmente. Le blocage du détroit d’Ormuz par Téhéran et les frappes contre le complexe gazier qatari de Ras Laffan ont provoqué ce que le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, FatihBirol, qualifie de «la plus grande menace de l’histoire pour la sécurité énergétique mondiale».
De nombreux pays cherchent à sécuriser de nouvelles sources ou des volumes supplémentaires de gaz face aux perturbations mondiales. L’Italie figure parmi les pays européens les plus exposés à cette crise. Le Qatar, dont 17 % des capacités d’exportation de GNL ont été mises hors service, représentait jusqu’ici une source d’approvisionnement importante pour la péninsule.
Partenaire énergétique clé
Dans ce contexte, l’Algérie apparaît plus que jamais comme un partenaire incontournable. Premier fournisseur de gaz de l’Italie, l’Algérie couvre, après l’interruption des approvisionnements en provenance de Russie, environ un tiers des besoins de la péninsule grâce au gazoduc TransMed, qui a acheminé quelque 20 milliards de mètres cubes en 2025.
Le gaz naturel liquéfié algérien gagne également en importance, avec 47 cargaisons livrées à l’Italie l’an dernier, contre 31 en 2024. Selon des sources, l’Italie négocie un renouvellement des contrats d’approvisionnement entre les groupes Eni et Sonatrach, arrivant à échéance en 2027, avec une possible révision des conditions et des volumes.
Flexibilité et nouveaux contrats
Rome souhaite obtenir davantage de flexibilité pour faire face aux aléas géopolitiques. En vertu de l’accord en place, le gaz en provenance d’Algérie est actuellement tarifé de manière compétitive.
Alger souhaite négocier à son avantage, d’autant qu’il existe deux types de contrats. Le premier, ferme, à prix fixe quel que soit le volume, et le second, variable, selon les fluctuations du marché énergétique.
Pour tout volume additionnel, Alger fera en sorte que le prix soit basé sur le marché spot, souvent plus élevé. Les négociations se poursuivent pour répondre aux besoins italiens. Historiquement centrée sur les contrats à long terme, l’Algérie privilégie désormais les contrats de moyenne durée pour éviter un Price Lock-in.
Les contrats de moyenne durée pourraient être affectés par les tensions au Moyen-Orient.
Vers de nouveaux projets de coopération
Au-delà du gaz, plusieurs dossiers structurants seront évoqués lors de cette visite. L’ambassadeur italien à Alger a mentionné un projet de câble sous-marin reliant les deux pays, permettant d’acheminer de l’électricité vers l’Europe. L’hydrogène vert figure également à l’ordre du jour, témoignant de la volonté des deux partenaires de diversifier leur coopération énergétique.
La création d’une Chambre de commerce italo-algérienne est aussi en discussion, visant à faciliter les échanges entre entreprises et à structurer davantage les relations économiques entre les deux pays méditerranéens.
Cette visite de Giorgia Meloni confirme le rôle central de l’Algérie dans la stratégie de sécurisation énergétique européenne. Alors que les analystes évoquent un possible baril de pétrole à 180 dollars, et que Rome renforce son partenariat avec Alger, la coopération algéro-italienne prend une dimension stratégique sans précédent dans l’histoire des deux nations.
Smail Rouha
