Depuis bientôt deux ans, le métier de journaliste dans la bande de Ghaza s’apparente à un saut permanent dans l’au-delà.
Synthèse rédaction de Crésus
Chaque reportage peut être le dernier, chaque déplacement une condamnation à mort. Maha Hussaini, journaliste palestinienne de 33 ans, raconte son quotidien dans un territoire où informer signifie défier la mort.
Son témoignage débute par un détail banal : une pause lorsqu’on lui demande son âge. «Avant de répondre, dit-elle, je regarde autour de moi. Est-ce que j’ai vraiment survécu jusque-là?» Pour les journalistes de Ghaza, la survie n’est jamais acquise. Chaque récit, chaque image devient un chapitre de vie achevé.
Leur mission est d’autant plus essentielle que l’information est rare et difficile à produire : coupures d’électricité, effondrement des réseaux, bombardements constants. «Mon casque, raconte Hussaini, ne me protège pas seulement des éclats. Il m’aide aussi à isoler mes oreilles du bruit incessant des explosions, du vacarme qui déchire nos vies.»
Le danger ne s’arrête pas aux reporters eux-mêmes. Dans l’enclave palestinienne, côtoyer un journaliste peut suffire à attirer la mort. Car l’entité ne se contente pas de bombarder les quartiers, il cible aussi ceux qui portent un micro ou un appareil photo.
Le blocus : une prison à ciel ouvert
L’éditorial de L’Humanité rappelle que le blocus sioniste impose une asphyxie totale à Ghaza. Pas de liberté de circulation, pas d’accès à l’électricité ni à l’eau potable, pas d’entrée pour les secours. «Plus personne ne peut ni ne doit fermer les yeux», écrit Fabien Gay, directeur du journal.
Chaque déplacement est un risque. Pour témoigner, les journalistes doivent traverser un territoire fragmenté, coupé en deux par les offensives sionistes. Les routes sont souvent impraticables, détruites par les bombardements. Cette impossibilité de circuler empêche aussi les habitants de rejoindre leurs proches blessés ou de fuir vers un abri.
Pour les journalistes, cela signifie travailler dans une double urgence : témoigner avant que les faits ne disparaissent sous les décombres, mais aussi rester en vie pour continuer à témoigner demain.
La légitimation des assassinats ne passe plus
Depuis le 7 octobre 2023, au moins 200 journalistes ont été tués dans la bande de Ghaza. La majorité par des frappes sionistes directes, certaines clairement ciblées.
L’entité tente de justifier ces crimes en accusant les reporters de complicité avec le Hamas. Une stratégie de délégitimation qui, selon Caroline Constant, journaliste française, convainc de moins en moins. «Ces professionnels de l’information méritent notre respect et notre soutien, pas notre suspicion», affirme-t-elle.
Les images de journalistes tués circulent dans le monde entier, renforçant l’indignation. Le cliché de l’appareil calciné de Mariam Dagga, tuée le 25 août à Khan Younès, est devenu un symbole : celui d’une profession réduite au silence par les bombes.
Barcelone : une flottille pour Ghaza
Le 31 août 2025, Barcelone a vibré d’une ferveur exceptionnelle. Sur les quais de la capitale catalane, des milliers de personnes se sont rassemblées pour assister au départ d’une flottille de plus de 25 navires, la Global Sumud Flotilla.
Les bateaux, venus de 40 pays, arborent fièrement le drapeau palestinien. Leur objectif : briser le blocus imposé à Ghaza, considéré par de nombreux juristes comme un châtiment collectif pouvant relever du génocide.
Parmi les passagers figurent des militants, des syndicalistes, des élus et des personnalités internationales. Tous affirment être conscients des risques : «Nous ne savons pas comment Tel-Aviv réagira, mais nous nous préparons à toutes les hypothèses», explique Florence Hessel, coordinatrice du mouvement.
Cette mobilisation renoue avec l’esprit des grandes campagnes maritimes des années 2010. Mais elle se veut plus large, plus internationale, plus déterminée. «Notre but, disent les organisateurs, est d’empêcher le silence de recouvrir Ghaza».
«Le gouvernement sioniste ne veut pas de témoins»
Dans un entretien exclusif, Nasser Abu Baker, secrétaire général du Syndicat des journalistes palestiniens, résume l’enjeu : «Israël veut un contrôle total de l’information».
Depuis le 7 octobre 2023, 56 journalistes ont été assassinés en Cisjordanie et à Jérusalem, et plus de 1 600 à Ghaza. Un bilan qui dépasse tout ce que le monde avait connu. «Pourquoi cette violence ? Parce que l’entité sioniste sait que les images et les témoignages des journalistes prouvent la réalité du génocide en cours.»
Abu Bakr dénonce aussi la complicité des capitales occidentales : «Quand un journaliste occidental est tué, on ouvre des enquêtes internationales. Mais pour les Palestiniens, rien. Ce silence des Européens est une honte».
Conclusion : un combat pour la vérité
Les pages de L’Humanité dressent un constat implacable : à Ghaza, la guerre menée par l’entité est aussi une guerre contre la presse. Éradiquer les témoins, c’est tenter d’effacer l’histoire.
Pourtant, malgré la peur et les pertes, les journalistes palestiniens continuent d’écrire, de filmer, de transmettre. « Chaque jour que nous tenons, dit Maha Hussaini, c’est une victoire contre l’oubli ».
Leur combat rejoint celui des mobilisations internationales, qu’il s’agisse des bateaux partis de Barcelone ou des voix qui, à travers le monde, exigent la fin du blocus. Protéger ces journalistes, c’est protéger notre droit collectif à la vérité.
R.C.
