Après les attaques iraniennes, l’entité sioniste cherche à reprendre son souffle.
Les déclarations de Donald Trump, hier, évoquant un cessez-le-feu «très imminent» dans la bande de Ghaza, ont ravivé l’espoir d’un apaisement dans la région. Selon le président américain, un «progrès significatif» est en cours, sur la base des informations transmises par son envoyé spécial, Steve Witkoff. Pourtant, derrière cet optimisme affiché, se profilent des enjeux plus complexes, mêlant calculs politiques sionistes, pressions américaines et équilibres régionaux incertains.
Trump n’a pas hésité à relier les récentes frappes américaines contre des sites nucléaires iraniens à une possible accalmie à Ghaza. Selon lui, cette démonstration de force aurait «rebattu les cartes régionales», créant une dynamique propice à une trêve. «Grâce à l’attaque que nous avons menée, je pense que nous allons recevoir de très bonnes nouvelles», a-t-il déclaré. Cette logique de dissuasion, où la puissance militaire américaine sert de levier diplomatique, illustre la stratégie de Washington : instrumentaliser les tensions avec l’Iran pour peser sur le dossier palestinien.
Mais du côté sioniste, cette trêve répond à d’autres impératifs. Après les attaques iraniennes, l’État hébreu cherche à reprendre son souffle. L’armée, engagée sur plusieurs fronts, s’enlise à Ghaza. Les pertes humaines, les tensions internes et les critiques croissantes à la Knesset sur l’absence d’objectifs clairs renforcent l’idée d’un cessez-le-feu tactique.
Au-delà du répit militaire, c’est une nécessité politique qui s’impose à l’État hébreu. L’usure d’un conflit prolongé, la pression venue du Nord et la fracture sociale intérieure contraignent l’État hébreu à une phase de consolidation. Dans ce contexte, les propos du ministre des Finances, Bezalel Smotrich, prennent tout leur sens. Il a récemment affirmé qu’il était «temps de clore le dossier de Ghaza pour que l’État hébreu puisse se reconstruire». Une déclaration qui, loin de traduire une volonté de paix durable, reflète surtout un besoin de suspendre momentanément les opérations dans l’enclave palestinienne afin de redéployer les forces ailleurs.
Une trêve fragile
Le cessez-le-feu envisagé apparaît ainsi moins comme l’aboutissement d’un processus politique négocié que comme une manœuvre destinée à préserver les intérêts stratégiques sionistes. Ghaza devient, une fois encore, la variable d’ajustement d’un échiquier régional tendu, où les considérations militaires et géopolitiques dictent les décisions diplomatiques.
Côté palestinien, le mouvement Hamas a confirmé l’intensification des contacts avec les médiateurs égyptiens et qataris, tout en accusant l’entité sioniste de «continuer à tergiverser». Son porte-parole, Taher Al-Nounou, a réaffirmé la volonté du mouvement de parvenir à un accord global incluant une trêve permanente, le retrait des troupes, l’acheminement de l’aide humanitaire et un échange de prisonniers. Le Hamas se dit ouvert à toute initiative sincère visant à mettre fin à la guerre.
Dans les coulisses, l’homme d’affaires américano-palestinien Bishara Bahbah, intermédiaire entre le Hamas et les États-Unis, estime que «85% de l’accord est déjà conclu» et appelle à l’envoi urgent d’une délégation sioniste au Caire. Il reproche au Hamas de lier le dossier à l’Iran et exhorte les deux parties à dépasser leurs blocages. «La vie est devenue un enfer à Ghaza. Assez de manipulation du sort du peuple palestinien», écrit-il.
En entité sioniste, le débat s’intensifie. Le député Moshe Gafni a plaidé pour l’arrêt des combats, critiquant l’absence d’objectifs précis. Soutenu par le Forum des familles d’otages, il estime que «la guerre s’est épuisée d’elle-même». Mais cette position a provoqué de vives réactions à droite. Le parti Otzma Yehudit a dénoncé «des propos nuisibles à la sécurité des sionistes», tandis que Yehuda Wald, proche de Smotrich, a évoqué une «honte nationale».
Face à cette cacophonie politique, la société sioniste apparaît de plus en plus partagée entre lassitude et volonté de fermeté. La mère de Matan, soldat captif depuis plus de 600 jours, résume le désarroi ambiant : «Nous avons vaincu l’Iran en 12 jours, mais Ghaza dure depuis deux ans. Cela n’a plus de sens.»
Dans ce climat tendu, toute avancée vers une trêve, aussi fragile soit-elle, est perçue comme une bouffée d’oxygène. Mais en coulisses, l’équation demeure inchangée : tant que les causes profondes du conflit restent ignorées, les trêves, même saluées comme des percées, risquent fort de n’être que des pauses précaires avant de nouvelles flambées de violence. Ghaza demeure, une fois de plus, la pièce sacrifiée d’un jeu régional dominé par la force et les intérêts.
Assia M.