Cette visite pourrait constituer une étape importante dans la relance du dialogue politique et judiciaire entre les deux pays.
Le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, est attendu demain à Alger dans le cadre d’une visite officielle effectuée à l’invitation des autorités algériennes, a annoncé, hier, le ministère français de la Justice.
Cette visite sera consacrée, selon la même source, à la relance de la coopération judicaire entre l’Algérie et la France. «Ce déplacement a pour objet de travailler l’ouverture d’un nouveau chapitre de la coopération judiciaire entre nos deux pays», a souligné le communiqué du ministère français de la Justice qui précise que le garde des Sceaux français, qui se rend en Algérie à la demande du président Emmanuel Macron, doit s’entretenir avec plusieurs hauts responsables algériens, notamment son homologue Lotfi Boudjemaa.
La coopération sécuritaire et judiciaire sera, ainsi, au cœur des échanges, en particulier la lutte contre la criminalité organisée, le narcotrafic, le terrorisme ainsi que la délinquance économique et financière transnationale. Les deux parties devraient également évoquer les mécanismes de coopération concernant les dossiers liés aux biens mal acquis et aux enquêtes financières internationales.
Une délégation de magistrats
Cette visite du ministre français de la Justice se distingue par la composition de la délégation française, composée essentiellement de magistrats. En effet, plusieurs hauts magistrats et responsables judiciaires feront le déplacement. Il s’agit notamment de Laureline Peyrefitte, directrice des affaires criminelles et des grâces, Vanessa Perée, procureure nationale anti-criminalité organisée, et Pascal Prache, procureur national financier.
La présence de ces hauts magistrats spécialisés, qui auront à rencontrer leurs homologues algériens, renseigne sur la volonté de donner à cette visite, au-delà de sa dimension diplomatique, une dimension technique et judiciaire, à même de remettre des circuits de travail en état.
Cette approche pourrait servir, à la fois, à faciliter les échanges d’informations sur les réseaux criminels qui franchissent les frontières et peut aider, également, à accélérer les commissions rogatoires, les demandes d’entraide ou les procédures d’extradition.
Des efforts à consentir
D’ailleurs, sur ce chapitre, la France devra faire beaucoup d’efforts. Contrairement à d’autre pays avec lesquels la coopération progresse, avec la France, elle peine à évoluer.
L’Algérie a transmis 61 commissions rogatoires à la France pour restituer des fonds et des biens détournés, mais Paris n’a répondu à aucune d’elles, bloquant la procédure. La chancellerie française a indiqué que des «affaires individuelles sensibles seront également discutées, en particulier le cas de notre compatriote Christophe Gleizes».
Le journaliste, incarcéré depuis juin 2025 en Algérie où il a été condamné en première instance et en appel à 7 ans de prison ferme, a renoncé à son pourvoi en cassation devant la Cour suprême, ce qui ouvre, éventuellement, la voie à une possible grâce présidentielle. Par ailleurs, l’affaire de l’ancien ministre de l’Industrie, Abdeslam Bouchouareb, réclamé par la justice algérienne mais dont l’extradition a été refusée par la justice française, pourrait être évoquée lors des échanges entre les deux parties.
Parmi les autres dossiers en suspens entre Alger et Paris figure également celui de l’agent consulaire algérien détenu en France depuis un an, dont la détention provisoire a été prolongée en mars dernier.
Dégel progressif
Après une période de blocage, ce déplacement intervient dans un contexte de reprise du dialogue entre les deux capitales. Il intervient, également, après la visite de la ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo. Le voyage de la ministre, le deuxième d’un membre du gouvernement français en moins de trois mois, après celui du ministre de l’Intérieur
Laurent Nuñez à la mi-février, avait permis de consacrer un dégel des relations entre Paris et Alger et le retour, à l’occasion, de l’ambassadeur Stéphane Romatet à Alger, près d’un an après avoir été rappelé par le président français.
Emmanuel Macron avait dit espérer que la visite d’Alice Rufo marquerait «le début» d’une reprise des relations entre les deux pays, fustigeant les «postures de politique intérieure» des derniers mois qui ont, selon lui, «causé beaucoup de tort» aux deux pays.
S. Smati
