L’Italie a approuvé un projet de loi visant à rendre permanent son accord de coopération militaire avec l’Algérie.
Dans un contexte de profondes recompositions géopolitiques en Méditerranée et au Sahel, l’Italie et l’Algérie viennent de franchir un nouveau cap dans leur relation. Le Conseil des ministres italien, présidé par Giorgia Meloni, a approuvé, jeudi dernier, un projet de loi historique visant à prolonger, pour une durée indéterminée, l’accord de coopération militaire conclu entre les deux pays.
Présenté sur proposition du ministre italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Antonio Tajani, le texte consacre une évolution majeure des relations stratégiques algéro-italiennes. Il traduit la volonté de Rome d’inscrire son partenariat sécuritaire avec Alger dans la durée, au-delà des alternances politiques et des conjonctures régionales.
Selon un communiqué de la présidence du Conseil italien (Palazzo Chigi), le projet porte sur la ratification de la déclaration conjointe liée à l’accord signé à Rome le 15 mai 2003 entre les gouvernements algérien et italien, puis actualisé par un nouvel instrument juridique signé le 23 juillet 2025.
La principale nouveauté réside dans le caractère désormais permanent de cet accord. Le décret prévoit, en effet, de rendre son application «a tempo indeterminato», c’est-à-dire sans limitation de durée. Une orientation qui marque la volonté des deux États d’institutionnaliser une coopération militaire appelée à se renforcer dans les années à venir.
Cette décision dépasse les cadres protocolaires traditionnels pour instaurer une «alliance méditerranéenne durable» reliant directement la sécurité de la rive nord de la Méditerranée à sa profondeur sud, en Algérie. Elle constitue une nouvelle réponse aux discours évoquant un prétendu «isolement», alors que les grandes capitales occidentales considèrent, désormais, l’Algérie comme un partenaire sécuritaire essentiel et incontournable.
Au-delà de sa portée juridique, cette décision revêt une forte dimension géopolitique. Elle confirme la place croissante de l’Algérie dans les équilibres sécuritaires méditerranéens, alors que les puissances européennes cherchent de nouveaux partenaires fiables face aux défis liés au terrorisme, à l’instabilité sahélienne, aux trafics transfrontaliers et aux flux migratoires irréguliers.
Un partenariat sécuritaire élargi
Le nouveau cadre de coopération vise notamment à intensifier les échanges d’informations, à renforcer les programmes de formation militaire et à améliorer la coordination opérationnelle dans les domaines de la sécurité maritime, de la surveillance et du sauvetage.
Le partenariat ouvre également des perspectives importantes dans les industries de défense et les technologies sécuritaires. Les deux pays ambitionnent de développer des accords techniques et industriels portant sur les systèmes de défense, le transfert de technologies et la coopération entre institutions militaires.
Dans cette dynamique, Alger pourrait bénéficier d’un appui accru dans le développement de ses capacités industrielles militaires, notamment dans les secteurs mécaniques et électroniques avancés.
Cette évolution s’inscrit dans une dynamique de rapprochement plus large entre Alger et Rome. Longtemps centrée sur la coopération énergétique, notamment gazière, la relation bilatérale tend désormais vers une véritable convergence stratégique dans le cadre du Plan Mattei pour le développement en Afrique, au-delà des secteurs économiques traditionnels.
Une reconnaissance stratégique
Pour rappel, l’accord actualisé a été signé à Rome le 23 juillet 2025, en marge du sommet intergouvernemental Italie-Algérie, par le secrétaire général du ministère de la Défense nationale, le général-major Mohamed Salah Benbicha, et le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto.
«La collaboration entre nos pays s’inscrit dans le cadre d’une vision stratégique visant à assurer la sécurité de la région. La coopération entre les forces armées italiennes et algériennes s’intègre dans un cadre plus large destiné à relever les défis communs tels que la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale, et à contribuer à la stabilité de la Méditerranée élargie», avait alors affirmé Guido Crosetto.
La transformation de cette coopération en un accord à durée indéterminée constitue une reconnaissance explicite, de la part de l’Italie et, plus largement de l’Union européenne, du fait que la sécurité européenne est étroitement liée à la solidité et à la fiabilité de l’Algérie.
C’est probablement l’un des partenariats euro-méditerranéens les plus significatifs actuellement entre un pays européen et un pays du Maghreb.
Le texte devra encore être soumis aux deux chambres du Parlement italien — la Chambre des députés et le Sénat — pour adoption définitive. Mais politiquement, le signal envoyé est déjà clair : Rome considère désormais Alger comme un partenaire sécuritaire incontournable dans la gestion des équilibres méditerranéens et sahéliens.
Smail Rouha
