La Ve République vit sans doute sa crise la plus grave depuis sa naissance en 1958.
Synthèse S. M.
À la veille de l’effondrement annoncé du gouvernement Bayrou, la France s’enlise dans un blocage institutionnel sans précédent : plus de majorité, plus de confiance, et une société fracturée qui rejette à la fois les compromis et les coalitions. La question n’est plus de savoir si le régime chancelle, mais comment il peut encore tenir debout.
La première issue aurait été la nomination d’un Premier ministre capable de rassembler avant la fin de l’année. Mais l’équation est insoluble : aucun nom ne fait consensus. Bernard Cazeneuve, Gérald Darmanin ou encore Olivier Faure apparaissent sur les radars, mais tous se heurtent à des clivages irréductibles. L’option d’un «gouvernement technique» confié à des experts est évoquée, mais jugée artificielle et instable, incapable de résoudre le nœud politique.
L’hypothèse de la dissolution
Face à l’impasse, la dissolution de l’Assemblée devient l’option la plus crédible. Emmanuel Macron s’y refuse encore, mais l’étau se resserre. Le Rassemblement national la réclame avec insistance, et une partie de la gauche pourrait y trouver une opportunité. Mais ce pari comporte un danger majeur : reproduire le même blocage, avec une chambre éclatée en trois blocs irréconciliables.
Quant au président français, il n’entend pas démissionner. Emmanuel Macron veut aller au bout de son mandat, jusqu’en 2027. Ses proches décrivent un chef de l’État fidèle à son image : obstiné, persuadé qu’il peut encore rebondir malgré une opinion hostile et une Assemblée en guerre permanente. La probabilité d’un départ volontaire est jugée infinitésimale.
La tentation de la VIᵉ République
Certains, enfin, appellent à un changement radical de régime. Mais le passage à une VIᵉ République est perçu par la plupart des juristes comme une illusion dangereuse, susceptible de faire revivre des désordres. Plus qu’une crise institutionnelle, la France traverse une crise politique : l’impossibilité de faire émerger une majorité claire.
Comme en 1789 ou en 1958, la France se retrouve face à un mur. Dissolution, immobilisme ou réinvention du système : aucune sortie ne paraît sans risques. La Ve République, longtemps décrite comme «monarchie présidentielle», vacille mais n’a toujours pas trouvé son héritier. Le compte à rebours est enclenché : tic-tac, tic-tac…
- M.
