Le secteur de la formation et de l’enseignement professionnels en Algérie amorce un tournant stratégique majeur, fondé sur l’anticipation des besoins du marché du travail et l’accompagnement direct des projets d’investissement. C’est ce qu’a affirmé Abderrahmane Mezgharni, conseiller de la ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels, lors de son intervention dans l’émission «L’Invité du jour» sur la Chaîne 3.
Au cœur de cette nouvelle approche figure la mise en place d’une interconnexion digitale entre le ministère de la Formation professionnelle et l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI). Ce dispositif, basé sur une API (pont numérique), permet un échange instantané d’informations sur les projets d’investissement, qu’ils soient à court, moyen ou long terme. « Nous recevons les données via cette plateforme et nous formons de manière proactive pour accompagner ces projets », a expliqué Mezgharni, précisant que le système est déjà opérationnel et prêt à recevoir les demandes des investisseurs.
Des centres d’excellence au cœur du tissu économique
Le ministère s’appuie également sur un réseau de centres d’excellence, répartis à travers le territoire national, pour accompagner les opérateurs économiques publics et privés. Ces centres sont implantés dans des zones à forte activité économique afin de répondre aux spécificités régionales. Le centre d’excellence de Bethioua (Oran), en est un exemple emblématique.
Ces structures collaborent avec les acteurs économiques pour proposer des formations co-construites, offrant aux apprenants une immersion pratique, l’expertise de professionnels et des équipements adaptés, afin de faciliter la transmission du savoir-faire.
Formation en alternance et entrepreneuriat
La formation en alternance demeure un pilier du dispositif, avec un équilibre entre enseignement théorique dans les centres, et stages pratiques au sein des entreprises partenaires. Cette approche facilite l’insertion professionnelle et renforce l’adéquation entre formation et emploi.
Par ailleurs, la fin de l’année 2024 a marqué l’intégration des Centres de développement entrepreneurial (CDE), destinés aux jeunes souhaitant créer leur propre micro-entreprise. Ces centres offrent une formation ciblée sur les fondamentaux de la gestion et de l’entrepreneuriat, tout en assurant un accompagnement dans la concrétisation des projets. Les apprenants porteurs de projets peuvent également accéder aux mécanismes publics de financement, dans les mêmes conditions que les bénéficiaires de l’ANJEM ou de la NESDA.
Des formations adaptées aux tendances du marché
Le ministère adopte une stratégie articulée autour de deux axes complémentaires : les métiers traditionnels, dont la pédagogie reste stable, et les nouvelles formations répondant aux évolutions économiques et technologiques. Les technologies de l’information et de la communication occupent une place centrale, avec l’introduction et la généralisation progressive de formations telles que la cybersécurité, le développement web, le développement de logiciels et d’applications mobiles.
Des inscriptions en ligne
La prochaine rentrée de février 2026, dont les inscriptions ont débuté le 14 décembre, sera marquée par la généralisation de la numérisation des inscriptions dans toutes les wilayas. Les candidats peuvent s’inscrire via la plateforme sirattakwin.dz, qui permet de rechercher les formations par localité, centre et spécialité. La disponibilité d’internats dans de nombreux centres offre également la possibilité de suivre une formation dans une autre wilaya.
Une offre régionale et une ouverture africaine
Les places pédagogiques sont désormais ouvertes en fonction des spécificités économiques de chaque région, afin d’optimiser l’employabilité des diplômés et d’améliorer le taux d’insertion sur le marché du travail. Une région à vocation agricole, par exemple, verra son offre de formation renforcée dans ce domaine.
Sur le plan international, l’Algérie a inauguré début décembre à Boumerdès l’Institut africain de formation professionnelle, sous l’égide de la ministre Nassima Rebah. D’une capacité de 1 000 apprenants, l’institut accueillera des étudiants africains bénéficiaires de bourses, dans le cadre de conventions bilatérales. Les formations, d’une durée allant jusqu’à trois ans et demi, seront similaires à celles dispensées dans les centres nationaux, avec une adaptation linguistique, notamment en anglais.
Enfin, le conseiller a souligné un acquis social important pour les apprenants : la gratuité du transport, une mesure destinée à alléger les contraintes, en particulier pour ceux résidant loin des centres de formation.
K.Z
