Lors d’une conférence de presse tenue hier, Youcef Aouchiche, premier secrétaire national du FFS, s’est montré très critique à l’égard du déroulement des élections législatives du 2 juillet. Entre abstention record, soupçons de fraude électorale et crise de la représentativité, le parti appelle à une refondation démocratique urgente.
Le premier constat dressé par Youcef Aouchiche concerne le niveau de participation. Avec près de 80% d’abstention et un cinquième des votants ayant déposé un bulletin nul dans l’urne, le désaveu est, selon lui, massif.
Pour le Premier secrétaire national du FFS, ces chiffres ne constituent pas de simples données statistiques, mais un message politique clair qui ne nécessite aucune interprétation. Lorsque huit citoyens sur dix ne votent pas, la question dépasse, selon lui, le simple recul de la participation pour devenir l’expression d’une profonde crise de confiance entre les citoyens et les institutions de l’État.
Le FFS estime que ce désengagement massif n’a rien de surprenant. Il serait, selon le parti, le résultat direct d’une gouvernance marquée par la restriction des espaces de liberté et l’affaiblissement des partis politiques. Le FFS affirme avoir constamment alerté sur les risques liés à la dépolitisation de la société, qu’il considère comme un facteur favorisant la résignation et le clientélisme.
Rejetant les analyses qui imputent cette abstention à l’ensemble de la classe politique, Youcef Aouchiche a soutenu que la responsabilité incombe avant tout au pouvoir, qui, selon lui, ne peut éluder cette réalité «par le déni et les fuites en avant».
«La fraude n’a pas disparu»
Contrairement au discours officiel saluant l’intégrité du scrutin, le Premier secrétaire national du FFS a affirmé que la fraude électorale n’avait pas disparu, mais qu’elle avait changé de forme.
Selon lui, autrefois centralisée, elle s’exercerait désormais à l’échelle locale à travers des réseaux d’influence, des groupes d’intérêts et des notabilités locales.
Énumérant les irrégularités relevées par son parti, Youcef Aouchiche a évoqué l’interruption de la plateforme numérique de l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie) dans plusieurs wilayas durant le dépouillement, des taux de participation exceptionnellement élevés enregistrés dans certains bureaux de vote isolés, des milliers de citoyens qui auraient été empêchés de voter, ainsi que des cas de procurations abusives et de votes au nom de personnes décédées.
Il a également cité le cas de la wilaya de Bouira où, selon lui, plusieurs personnes impliquées dans des opérations de fraude, dont des candidats proclamés élus, auraient été interpellées.
Le responsable du FFS a annoncé que son parti avait déjà introduit une dizaine de recours auprès de la Cour constitutionnelle, sur la base de dossiers documentés concernant plusieurs wilayas, notamment Alger, Bouira, Sétif, Béjaïa, Sidi Bel-Abbès, Chlef et Bordj Bou Arréridj, ainsi que la circonscription de la communauté nationale établie à l’étranger, notamment au Canada.
Un système électoral «à bout de souffle»
Pour Youcef Aouchiche, le système électoral actuel a atteint ses limites. Il estime qu’il a vidé la compétition électorale de sa substance politique et programmatique au profit des solidarités locales et des appartenances primaires.
Le FFS met en garde contre ce qu’il qualifie de retour des réflexes tribaux, claniques et clientélistes. Selon le parti, une République moderne ne peut être construite sur de telles bases.
Dans cette perspective, il réclame une révision en profondeur de la législation électorale afin de garantir l’égalité des chances entre les candidats et la transparence du scrutin.
Un engagement réaffirmé
Le FFS demeure convaincu que la sortie de la crise politique passe par le respect effectif des libertés démocratiques et par une participation réelle des citoyens à la gestion des affaires publiques.
Tout en affirmant comprendre la colère et la désillusion des millions d’Algériens ayant choisi de ne pas se rendre aux urnes, Youcef Aouchiche a réaffirmé que l’abstention ne saurait constituer un projet politique durable, estimant qu’elle ne fait que conforter le statu quo.
Enfin, il a annoncé que le FFS procéderait, dans les prochains jours, à une évaluation objective de sa participation au scrutin ainsi qu’à une autocritique interne de ses résultats.
S. Smati
