Par S. M.
Il est des avertissements qui sonnent comme des verdicts avant l’heure.
Feu Hocine Aït Ahmed, figure intemporelle de la Kabylie et du nationalisme algérien, n’a jamais mâché ses mots au sujet du docteur psychiatre. Lui, l’icône du FFS, le stratège respecté, avait prévenu ses partisans et les Algériens : méfiez-vous des procédés de cet homme. Said Sadi. Derrière le vernis de l’opposant démocrate se cachait un projet politique conçu pour diviser, affaiblir et faire de l’ombre au FFS, parti nationaliste.
Cette mise en garde n’était pas un règlement de comptes : c’était une alerte sur un mode opératoire.
Aujourd’hui, le passé confirme les intuitions du leader historique.
Car avant de se poser en porte-voix de la Kabylie et en conscience nationale, Saïd Sadi traîne derrière lui des zones d’ombre patrimoniales que nul discours ne pourra blanchir. Au cœur des interrogations : la villa d’El Biar, et d’autres biens dont l’acquisition reste entourée de soupçons persistants. Des propriétés obtenues par des procédés que les témoins décrivent comme un mélange d’influence politique et d’opportunisme immobilier. Ce ne sont pas des rumeurs de marché, mais des faits connus dans les cercles politiques et médiatiques, répétés à voix basse depuis des années.
La question est donc légitime : comment prétendre incarner l’intégrité kabyle tout en restant silencieux sur un patrimoine acquis au détriment de la transparence ?
Comment dénoncer la corruption de l’État et se taire sur celle qui vous concerne directement ?
Les Algériens ont la mémoire longue, et ils n’oublient pas que le discours identitaire est souvent utilisé comme un paravent pour éviter de rendre des comptes.
Dans cette affaire, la Kabylie n’est pas la victime que décrit Saïd Sadi. C’est lui qui, en s’érigeant en représentant unique, tente de lui voler sa voix. Et l’Algérie n’est pas l’ennemi qu’il désigne : c’est la victime collatérale d’un jeu dangereux, où les fractures communautaires servent de monnaie d’échange dans des stratégies personnelles.
Le moment est venu de rappeler la vérité : on ne défend pas la dignité d’un peuple en l’utilisant comme caution pour protéger ses biens et ses acquis. On ne parle pas d’unité nationale quand on doit soi-même des explications sur ses pratiques.
Au bout du compte, ce n’est pas seulement la carrière de Saïd Sadi qui se retrouve jugée, c’est sa cohérence. L’histoire retiendra qu’il a choisi de tourner le dos aux mises en garde d’Aït Ahmed, préférant la route glissante des alliances troubles et des biens acquis dans l’ombre à la voie étroite mais digne de l’intégrité. Il aura cru pouvoir parler au nom de la Kabylie tout en profitant d’elle, se poser en victime tout en prenant place du côté des profiteurs. L’Algérie n’est pas dupe! Comme le dit un vieux proverbe bien de chez nous : «Celui qui vend son honneur pour sauver ses biens perdra les deux.» Et dans la mémoire collective, on se souviendra que la plus belle des causes peut être salie par la plus basse des motivations.
S.M.
