L’Algérie n’a pas besoin de leçons, encore moins d’analyses superficielles déconnectées de son contexte social, politique et culturel. Ce pays, forgé dans le refus de l’injustice, puise sa résilience dans son peuple, dans sa mémoire et dans son ambition.
La tribune de Jean-Thomas Lesueur, publiée dans « Le Figaro », prétend diagnostiquer une supposée faiblesse de la diplomatie française vis-à-vis de l’Algérie. En réalité, elle révèle surtout une difficulté persistante à admettre que les rapports entre États ont changé de nature. Ce que certains à Paris décrivent comme de l’ « arrogance » algérienne n’est que l’expression légitime d’une diplomatie souveraine, guidée par des principes clairs et constants.
Le dernier épisode de tension, autour de l’accès des agents diplomatiques algériens aux zones aéroportuaires, est présenté comme « une provocation » d’Alger. Pourtant, il ne s’agit que d’une réponse à une mesure unilatérale du ministère français de l’Intérieur, qui a dérogé aux usages internationaux. La réciprocité est une règle fondamentale dans les relations entre États. Y voir une crise ou un défi est révélateur d’un regard encore empreint de condescendance.
L’Algérie, contrairement à ce que certains voudraient faire croire, n’est ni isolée ni sur la défensive. Elle affirme sa place dans un monde multipolaire, où les puissances émergentes – dont elle fait partie – revendiquent une voix indépendante. En rejoignant les BRICS, en multipliant les partenariats en Afrique, en Asie et en Amérique latine, l’Algérie démontre qu’elle ne cherche pas l’aval d’anciennes métropoles, mais des alliances équilibrées, fondées sur le respect mutuel. Elle inscrit son action dans une logique d’ouverture stratégique, visant à diversifier ses partenaires et à renforcer son autonomie de décision.
La diplomatie algérienne repose sur des principes constants : le respect de la souveraineté, la non-ingérence, et la défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. C’est cette ligne qui explique la position d’Alger sur le Sahara occidental ou la Palestine, et qui dérange parfois certains partenaires. Mais l’Algérie ne cherche pas à plaire, elle défend ce qu’elle considère juste et conforme à l’histoire qu’elle porte. Sa voix, souvent discordante dans les forums internationaux, n’est pas marginale : elle est celle d’un État dont la mémoire historique nourrit une vigilance permanente face aux pressions extérieures.
Les divagations de l’extrême droite
Les critiques sur la situation interne du pays ne sont pas nouvelles. Pourtant, réduire l’Algérie à une image de crise ou de déclin ne rend pas justice à sa réalité. Oui, des défis existent. Mais le pays avance. Des réformes économiques sont engagées. Une dynamique diplomatique est relancée. La jeunesse s’exprime, débat, et joue un rôle actif dans la société. Ce regard uniquement tourné vers les faiblesses – réelles ou fantasmées – relève d’un réflexe postcolonial difficile à abandonner. L’Algérie n’a pas besoin de leçons, encore moins d’analyses superficielles déconnectées de son contexte social, politique et culturel. Ce pays, forgé dans le refus de l’injustice, puise sa résilience dans son peuple, dans sa mémoire et dans son ambition.
Quant à la question migratoire, elle ne saurait être utilisée comme un levier de pression. L’Algérie n’accepte pas que sa diaspora serve d’alibi à une politique étrangère hésitante. Les Algériens de France sont citoyens français à part entière. Les utiliser comme un argument pour exiger de l’Algérie une posture docile relève d’un discours dangereux et dépassé.
Un partenaire, plus qu’un problème
La coopération migratoire ne peut être envisagée que dans un cadre équilibré, sans injonction ni stigmatisation. Toute tentative de conditionner la relation bilatérale à ce dossier traduit une approche court-termiste, en décalage avec les enjeux profonds de part et d’autre de la Méditerranée.
Il est temps que la France regarde l’Algérie comme un partenaire, non comme un problème. Le dialogue est possible, souhaitable même. Mais il doit se fonder sur l’égalité, non sur l’injonction. Si la France veut repenser sa place en Méditerranée, elle doit sortir de la nostalgie impériale et accepter que les anciennes puissances ne dictent plus les règles du jeu.
Le monde a changé. L’Algérie l’a compris. Elle ne parle pas la langue de la soumission, mais celle de la souveraineté. Libre à la France de s’en offenser. Ou de s’y adapter. Mais une chose est sûre : ce n’est plus à Paris d’écrire seul le scénario.
Assia M.
