Avec la reprise prochaine du dialogue entre Alger et Paris, suspendu à la visite du ministre français de l’Intérieur, prévue pour la fin du mois en cours ou le début de décembre, plusieurs questions litigieuses demeurent non résolues.
La position ferme d’Alger, axée sur le respect mutuel et la non-ingérence, a finalement imposé un retour au réalisme du côté français. Le rétablissement d’une relation solide dépend désormais de la capacité de Paris à adopter une posture respectueuse et équilibrée. L’ouverture au dialogue, exprimée à travers l’invitation adressée au ministre Laurent Nuñez, s’inscrit dans une démarche de diplomatie constructive mais vigilante, fidèle à la vision du président Tebboune, qui plaide pour des relations fondées sur la confiance, l’égalité et le respect mutuel. En somme, si Paris semble enfin prête à reconnaître la place essentielle de l’Algérie dans le jeu régional et à corriger certaines erreurs diplomatiques, le message d’Alger demeure clair : la coopération est possible, mais jamais au détriment de la souveraineté ni de la dignité nationale.
Avec la reprise prochaine du dialogue entre Alger et Paris, suspendu à la visite du ministre français de l’Intérieur, prévue pour la fin du mois en cours ou le début de décembre, plusieurs questions litigieuses demeurent non résolues. Les dossiers sensibles liés à la restitution des biens coloniaux, aux archives et au patrimoine culturel -dont le plus emblématique reste le canon Baba Merzoug- continuent d’alimenter les tensions. Les archives vivantes des conservations foncières en Algérie, renfermant les copies d’actes d’achat, de vente ou de location des biens «francisés» à partir du XVIIIᵉ siècle, sont également au cœur du débat.
À ces différends s’ajoutent des questions économiques, comme la fixation des prix du gaz, et politiques, notamment la gestion des flux migratoires. Avant-hier, l’historien et membre de la commission mixte algéro-française sur le travail de mémoire, Benjamin Stora, a ravivé la discussion en appelant la France à reconnaître ses crimes coloniaux. Outre le dossier des personnes disparues pendant la guerre de Libération et celui des archives et objets spoliés, la question des essais nucléaires reste un point de discorde majeur. Le président Tebboune a, à plusieurs reprises, rappelé que ce dossier devait être traité directement entre Alger et Paris.
La commission nouvellement créée constitue une étape importante vers une meilleure compréhension des dommages causés et pourrait, à terme, servir de base à des demandes officielles de réparation ou à des projets de coopération environnementale. L’Algérie engage ainsi un nouveau chantier de mémoire en lançant une enquête nationale sur les crimes environnementaux hérités de la colonisation française.
La France sommée de lever le secret sur ses archives nucléaires
Une commission multisectorielle vient d’être installée à Alger pour inventorier les zones affectées par les essais nucléaires, chimiques et militaires menés entre 1960 et 1966, notamment à Reggane et In Ekker. Placée sous la codirection du Centre national d’études et de recherche sur la résistance populaire, le Mouvement national et la Révolution du 1er Novembre 1954 (CNERMN 54), et de l’Observatoire national de l’environnement et du développement durable (ONEDD), cette commission réunit des représentants de la Défense nationale, de la Santé, de l’Agriculture, de la Recherche scientifique et de l’Hydraulique.
Son objectif est de recenser et de documenter les atteintes durables à la nature et à la santé humaine causées par les activités coloniales. Selon la ministre de l’Environnement et de la Qualité de la vie, Kaouter Krikou, cette initiative vise à établir une base scientifique solide sur les impacts écologiques et sanitaires laissés par la colonisation. Les travaux porteront notamment sur la contamination des sols, la pollution des eaux et la présence de déchets radioactifs, dont les sites exacts d’enfouissement restent encore inconnus.
En Algérie, ces traces sont particulièrement visibles dans le Sud, théâtre d’essais nucléaires et d’opérations militaires dont les effets se font encore sentir plusieurs générations après. Entre 1960 et 1966, la France a mené dix-sept explosions nucléaires sur le sol algérien. Le premier essai, baptisé Gerboise bleue, a inauguré une série d’expérimentations dont les conséquences radiologiques demeurent incommensurables.
Les autorités algériennes réclament depuis des années la publication complète des archives françaises relatives à ces essais, y compris les cartes des sites d’enfouissement des déchets radioactifs, des équipements et matériaux contaminés. Cette exigence a été réaffirmée récemment à Vienne, lors de la 79ᵉ session de la Conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), où la délégation algérienne a appelé à une transparence totale sur ces opérations.
Outre les effets des radiations, des chercheurs et responsables évoquent également les conséquences de l’usage d’armes chimiques durant la guerre d’indépendance, qui auraient altéré la qualité des sols et des nappes phréatiques, aggravant les conditions de vie dans les zones rurales. Ce travail de documentation, à la fois scientifique et historique, s’inscrit dans une dynamique plus large de reconnaissance des impacts coloniaux — un pas supplémentaire dans la quête de vérité, de justice et de mémoire partagée.
Mahmoud Tadjer
