Les magistrats de la chambre criminelle de la Cour suprême ont cassé et renvoyé le dossier d’Ahmed Said Y alias «Said l’émigré» et son ami intime A.B poursuivis et déjà condamnés pour l’enlèvement du petit Amine Yarichène. Rejugés l’année dernière les deux mis en cause ont été condamnés une nouvelle fois respectivement à 10 et 9 ans de prison ferme.
Par Redouane Hannachi
Les mis en cause par leur biais de leurs avocats ont estimé que les verdicts prononcés par le tribunal criminel d’Alger des deux instances sont «lourds» et ne correspondent pas aux faits et accusations portés sur leurs clients. Le tribunal criminel d’Alger de la première instance de Dar El Beida a pour rappel prononcé le 5 décembre 2018, quatre condamnations allant de dix à vingt de réclusion criminelle et deux acquittements dans l’affaire de l’enlèvement et le kidnapping du petit enfant. En effet, tout au long de sa séquestration, le petit Amine n’a pas pu voir les visages de ses ravisseurs pour la simple raison que ces derniers portaient des masques. Ainsi, le principal inculpé Ahmed Said Y alias «Said l’émigré» a été condamné à vingt ans de prison ferme assortis de 100 000 dinars. Son bras droit et ami intime du père de la victime A.B. Lamine qui a servi d’indicateur pour les ravisseurs a écopé de quinze ans de prison ferme.
Le troisième accusé B. Hamza, qui a procédé à l’achat de la moto utilisée dans le kidnapping de l’enfant est condamné quant à lui à dix ans de prison ferme. Par ailleurs, le président a prononcé deux acquittements de B. Makhlouf et B. Brahim, pour manque de preuves légales et matérielles. Les concernés étaient poursuivis pour complicité dans l’enlèvement du petit Amine. Le même président a en outre prononcé une condamnation à perpétuité par contumace assortie d’un mandat d’arrêt international contre le frère de B. Hamza, B. Noureddine. En matière civile les mis en cause condamnés devraient verser un dinar symbolique au profit de la famille de l’enfant en signe de réparation matérielle aux préjudices moraux qui lui ont été causés. A toutes les questions posées, le tribunal a répondu par oui concernant les trois inculpés Ahmed Said Y, A. B. Lamine et B. Hamza notamment en ce qui concerne leur culpabilité directe dans la création d’une association de malfaiteurs et ce dans le but d’enlever la victime et demander une rançon de quatre millions d’euros. Le procureur général a requis au cours de son réquisitoire, la prison à vie contre les cinq accusés inculpés et à leur tête Ahmed Yousfi Saïd et son ami intime Ait Bouaoune Lamine. Le procureur général a affirmé que tous les faits reprochés au mis en cause sont formels notamment en ce qui concerne l’intention criminelle relative à l’enlèvement d’un mineur dont l’âge ne dépassait pas les huit ans au moment des faits. Le représentant du ministère public a indiqué que les inculpés ont commis l’irréparable en s’attaquant à un enfant sans force et chacun d’eux avait une mission bien déterminée pour accomplir.
Association de malfaiteurs
Il a tenu à préciser que les inculpés faisaient partie d’une dangereuse association de malfaiteurs qui ne s’est pas contentée de kidnapper le petit Amine mais de demander une rançon de quatre millions d’euros. Il a par ailleurs affirmé que les mis en cause se comportaient en véritables criminels en appelant depuis l’étranger l’oncle de la victime pour lui demander des sommes faramineuses contre la libération du petit Amine qui gardera sans aucun doute des séquelles. «J’ai vécu l’enfer pendant huit jours. Amine Ait Bouaoune que je considérais comme mon frère a participé directement à l’enlèvement de mon fils. Le mis en cause a trahi la confiance placée en lui par l’ensemble de ma famille. J’aurais aimé qu’Amine s’attaque à moi et non pas à mon fils âgé alors de 8 ans. Un enfant sans force et sans défense qui souffre actuellement de troubles psychiques. J’ai toujours porté aide et assistance à Amine en guise de reconnaissance, il a pris mon fils et l’a remis à mon antagoniste pour me faire du chantage ». Ce sont là, en effet, des extraits des déclarations du père du petit Amine qui a été arraché à ses ravisseurs une semaine après son enlèvement, suite à une minutieuse enquête menée par les gendarmes. Comme il fallait s’y attendre le procès tant attendu de «Said l’émigré» ou encore qui a été conduit devant le président du tribunal criminel d’Alger, de la 1ere instance judiciaire en l’occurrence Abdeslam Rachid, s’est ouvert, hier, sous haute surveillance des éléments de la brigade des investigations et des recherches (BRI) en plus des policiers en faction au tribunal de Dar El Beida.
Une rançon de 4 millions d’euro demandée
Le procès qui a défrayé la chronique en 2014 a duré plus de 14 heures sans interruption après que le président en charge du dossier a procédé à l’audition de l’accusé poursuivi dans une autre affaire. Entouré de plusieurs policiers de la BRI ce jour-là l’inculpé vêtu d’une chemise bleue, assis dans le box des accusés, est invité vers 12 heures 5 minutes de se présenter à la barre pour répondre des graves accusations portées à son encontre par les juges de la chambre d’accusation de la cour d’Alger, à savoir création d’une association de malfaiteurs dans le but de kidnapper un enfant et demander une rançon estimée à plus de 4 milliards de centimes. Le principal accusé a affirmé au président d’audience : «Je n’ai pas kidnappé le petit Amine Yarichene. C’est Azzouz Sofiane qui m’a suggéré d’enlever le petit jusqu’à ce que mon argent me soit remis». Il a reconnu s’être rendu en Algérie en utilisant un faux nom. «Je me suis fait passer pour mon frère pour pouvoir rentrer du Maroc», a-t-il précisé. «Une fois en Algérie, j’ai réclamé mon argent 14 milliards et 1 million d’euros», a-t-il ajouté L’inculpé principal a par ailleurs indiqué au président que le petit Amine a été bel et bien gardé chez lui. Dans le même contexte, il a déclaré : «’ai entouré le petit Amine de chaleur parentale». A la question de savoir pourquoi il a acheté une moto de marque Tmax quelques jours avant les faits, l’accusé répond : «Je l’ai acheté pour faire mes déplacements d’El Mohammedia à Birkhadem et éviter les embouteillages». L’ami intime du père de la victime A.B. Lamine qui a servi d’indicateur a insisté au cours de son audition : «j’aurais aimé que le petit Amine soit présent pour donner sa version des faits. Je n’ai rien à voir dans cette affaire. Les enquêteurs m’ont obligé à signer des déclarations que je n’ai jamais déclarées ».
Dans son intervention, la partie civile a estimé que toutes les preuves légales et matérielles sont réunies contre les mis en cause lesquels ont commis l’irréparable en procédant à un kidnapping d’un enfant sans défense ce qui des préjudices moraux à sa famille qui n’arrive toujours pas à oublier le drame qu’elle a vécue en 2014. Les avocats de la défense qui se sont contentés de demander l’application des articles ayant trait aux circonstances au profit de leurs clients, ont applaudi dans le hall du palais de la justice, les verdicts prononcés. Par ailleurs, les juges de la chambre criminelle de la Cour sSuprême ont répondu favorablement au pourvoi en cassation formulé par le procureur général. Ce dernier a estimé que les mis en cause ne méritent ni indulgence ni circonstances atténuantes vu la présence des preuves légales et matérielles relatives aux chefs d’inculpation retenus par le juge d’instruction alors chargé de l’enquête judiciaire et puis confirmés par les magistrats de la chambre d’accusation de la cour d’Alger.
R.H.