Il faut appeler les choses par leur nom. Le communiqué de l’African Energy Chamber n’est pas un simple rappel à l’ordre sectoriel, mais un acte d’accusation. Une mise en demeure politique adressée à un système qui continue de parler de l’Afrique sans l’Afrique, de décider à sa place et de tirer profit contre elle.
À mesure que l’appétit mondial pour les ressources africaines s’aiguise, une vieille habitude coloniale se recycle sous des habits modernes. Conférences feutrées à Londres, panels policés, décisions lourdes de conséquences… Loin du sol africain, loin des Africains. L’extraction n’est plus seulement géologique, elle est désormais symbolique, humaine et stratégique.
Le cœur de l’accusation est limpide, à savoir comment prétendre façonner l’avenir énergétique du continent tout en excluant les Africains des cercles de pouvoir, des équipes dirigeantes et des chaînes de décision ? Cette pratique n’est pas une maladresse. C’est une violence structurelle, un déni assumé de souveraineté. Elle contredit frontalement les politiques de contenu local que les États africains tentent d’imposer, souvent au prix de bras de fer diplomatiques et économiques.
La Chambre africaine de l’énergie ne rejette ni l’investissement international ni le partenariat global. Elle en a même été l’un des défenseurs les plus constants. Mais elle trace désormais une ligne de feu, le partenariat sans réciprocité est une imposture. Ouvrir ses marchés, stabiliser ses cadres fiscaux, sécuriser les investissements, oui. Mais en retour, l’Afrique exige d’être présente, visible, décisionnaire. Pas figurante. Pas sponsor muet. Pas décor exotique.
Les exemples positifs existent, et ils pulvérisent l’argument de l’impossibilité. AfricanEnergyWeek, organisée sur le sol africain, démontre que l’excellence mondiale n’a pas besoin d’exil. Elle attire Américains, Européens, Asiatiques et Moyen-Orientaux, tout en restant pilotée par des équipes africaines et des priorités africaines. Même logique pour d’autres forums continentaux. Quand l’Afrique organise, le monde vient.
À l’inverse, le cas Frontier Energy Network agit comme un révélateur brutal. Organiser un Africa Energy Summit à Londres, revendiquer une centralité africaine, tout en excluant les Africains des postes à responsabilité, c’est une indécence politique. Une contradiction morale si criante qu’elle confine au mépris. L’Afrique serait bonne à financer, à remplir les salles, à fournir la matière première — mais pas à diriger ni décider.
La déclaration de NJ Ayuk sonne alors comme un ultimatum historique : «Le contenu local n’est pas un slogan, c’est un engagement.» Le désormais célèbre «Hire Baby Hire» n’est pas une formule. C’est une doctrine. Sans Africains aux commandes, toute rhétorique sur le développement durable, la transition énergétique ou l’équité n’est qu’un vernis hypocrite.
Ce que l’AEC met sur la table est explosif: l’Afrique ne tolérera plus d’être gouvernée par procuration. Les événements énergétiques ne sont pas neutres, ils façonnent les perceptions, orientent les flux financiers et hiérarchisent les priorités. Les tenir hors d’Afrique et sans Africains, c’est perpétuer une domination d’un autre âge.
Le message est désormais gravé au fer rouge : pas d’investissement sans inclusion, pas de sommet sans Africains, pas de futur énergétique décidé ailleurs. Tout le reste n’est ni coopération ni partenariat. C’est de l’exclusion.
Et l’Afrique commence, enfin, à dire non.
Synthèse S. M.
