C’est en toute fin d’après-midi que le président du pôle pénal économique et financier du tribunal de Sidi M’Hamed a annoncé le report du procès de T. Karim, en raison de l’absence de ses avocats. L’accusé est poursuivi dans une grave affaire de vol qualifié et d’association de malfaiteurs, impliquant plusieurs individus spécialisés dans les attaques à main armée. Le juge a ordonné au parquet de procéder au transfert des autres inculpés, actuellement détenus à la prison de Koléa, afin qu’ils soient entendus comme témoins lors de la prochaine audience. Les faits remontent à plusieurs mois. T. Karim faisait partie d’une bande organisée qui avait réussi à s’emparer d’une somme estimée à près de 4 milliards de centimes dans un hangar situé à la cité Jolie Vue, à Kouba.
L’opération avait été rendue possible grâce à la complicité du gardien du dépôt et d’un ex-policier. Selon le dossier, le gardien, K. Farid, aurait laissé volontairement le portail entrouvert, indiquant à ses complices l’emplacement exact du coffre-fort contenant plus de trois milliards de centimes et une somme importante en devises. L’enquête a révélé que la majorité des mis en cause étaient déjà connus des services de police pour des faits de vols qualifiés, de détention et de trafic de stupéfiants. Lors de leur arrestation, les enquêteurs de la police judiciaire d’Hussein Dey ont d’ailleurs mis la main sur 4,5 kilogrammes de kif traité, découverts à la suite d’une opération minutieusement préparée.
Accusations croisées
Tout au long de leur audition, les accusés ont nié en bloc les faits qui leur sont reprochés, rejetant la responsabilité les uns sur les autres. L’un d’eux, Gh. M., a affirmé que la drogue saisie à son domicile appartenait à l’ex-policier B. Abderazak, un ancien agent affecté à la sûreté urbaine de Baraki. «C’est lui qui m’a demandé de garder la marchandise chez moi. Il m’a menacé lorsque j’ai refusé», a-t-il lancé devant le président. Les prévenus ont également contesté avoir utilisé un véhicule de marque Seat Ibiza pour transporter le coffre-fort, assurant qu’ils n’avaient jamais participé à cette opération. Selon l’enquête, le butin avait finalement été abandonné dans un terrain isolé à Rouïba. De son côté, le gardien K. Farid a tenté de se dédouaner, affirmant avoir agi sous la contrainte. « Deux d’entre eux m’ont ligoté et forcé à leur indiquer où se trouvait le coffre-fort. J’ai été libéré par un autre gardien qui a alerté les secours », a-t-il expliqué au tribunal. Quant à l’ex-policier B. Abderazak, poursuivi pour possession de drogue et complicité de vol, il a clamé son innocence : «Je n’ai rien à voir dans cette affaire. C’est un coup monté. Les autres m’accusent pour se décharger. Je n’ai jamais participé à ce vol.»
De lourdes peines requises
Le procureur général a, pour sa part, estimé que les preuves matérielles et légales étaient «irréfutables», insistant sur le caractère prémédité du vol. « Les accusés ont soigneusement planifié leur opération. Après avoir pris possession du coffre-fort, ils l’ont abandonné dans un endroit reculé pour effacer toute trace», a-t-il soutenu dans son réquisitoire. Le représentant du ministère public a requis des peines de dix à vingt ans de réclusion criminelle à l’encontre de l’ensemble des prévenus, considérant que « leur intention criminelle ne faisait aucun doute». Face à la sévérité des réquisitions, les avocats de la défense, pris de court par les contradictions de leurs clients, ont demandé l’application des articles relatifs aux circonstances atténuantes, conformément à l’article 53 bis du code pénal et à l’article 592 du code de procédure pénale.
Ils ont plaidé pour la clémence du tribunal, soulignant l’absence de preuves directes établissant la participation effective de leurs clients au vol du coffre-fort. Le procès, marqué par des témoignages contradictoires et des révélations embarrassantes, devrait reprendre à une date ultérieure. Le président du tribunal a tenu à rappeler que «l’affaire reste ouverte» jusqu’à l’audition de l’ensemble des témoins et la production de nouveaux éléments de preuve.
R.H.
