Les œuvres égyptiennes et syriennes, traditionnellement dominantes dans le classement des séries ramadhanesques, ont été détrônées cette année par El Mouhadjir, une production algérienne qui franchit de nouvelles frontières d’audience sur YouTube.
En plus de son aspect sacré, l’arrivée du mois de Ramadhan est traditionnellement accompagnée d’une riche programmation télévisée : sitcoms, feuilletons dramatiques, biopics de personnalités religieuses ou émissions de divertissement. Ces dernières années, le mois sacré est devenu un terrain de concurrence intense entre chaînes locales et arabes, principalement basé sur les taux d’audience et le nombre de vues sur les plateformes numériques.
Des chiffres qui font sensation
Les œuvres égyptiennes et syriennes, qui dominaient historiquement les classements, ont cette année été détrônées par un feuilleton dramatique algérien intitulé «El Mouhadjir», signé par l’ancien rappeur devenu producteur cinématographique «Reda City 16». La série a battu tous les records et franchi de nouvelles frontières de visibilité sur YouTube. Dès le premier jour, elle a dépassé les 5 millions de vues en moins de 24 heures, une première pour une production algérienne. Les 17 épisodes déjà diffusés ont accumulé un total de plus de 100 millions de vues sur YouTube, surpassant des succès égyptiens tels que
«El Set Monalisa» et «WeNensaEle Kan», ainsi que l’œuvre syrienne «Mawlana».
Ces chiffres démontrent que les productions algériennes peuvent désormais s’imposer sur la scène arabe, rivaliser directement avec des œuvres de grande envergure et parfois les surpasser, malgré le dialecte algérien parfois jugé difficile à comprendre pour une partie du public du Moyen-Orient.
Un scénario riche et engagé
Au-delà de son succès numérique, «El Mouhadjir» séduit par un scénario riche illustrant plusieurs phénomènes sociaux : vie quotidienne, vie de rue et ambitions de différentes catégories sociales. «Reda City 16» a su combiner une stratégie intelligente avec des choix artistiques pertinents : diffusion sur la chaîne El Hayet, participation d’acteurs talentueux comme Youcef Sehairi, et collaboration avec des influenceurs très suivis par la jeunesse, à l’instar de Rifka.
La série n’a pas hésité à aborder des situations délicates, parfois sources de polémique sur les réseaux sociaux. Une scène, se déroulant dans un hôpital public et montrant un médecin harcelant une patiente, a suscité l’indignation du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), qui a saisi l’autorité de régulation de l’audiovisuel pour demander une intervention afin de recadrer la chaîne diffusant le programme.
Une vitrine culturelle et esthétique
Par ailleurs, la série met également en lumière des enjeux sociaux sérieux, notamment la situation des médecins algériens qui quittent le pays pour exercer en France dans des conditions difficiles, mêlant ambition professionnelle et contraintes du système de santé local.
La série ne se limite pas aux aspects dramatiques et sociaux : elle met aussi en valeur le patrimoine culturel algérien à travers des choix visuels soignés. Certaines scènes présentent des robes traditionnelles, des costumes régionaux et des décors typiques, soulignant la richesse et la diversité des traditions locales. Ces éléments esthétiques contribuent à faire découvrir au public arabe et international le potentiel patrimonial de l’Algérie, tout en renforçant l’identité visuelle et culturelle de la série.
En fin de compte, «El Mouhadjir» ne se contente pas de divertir : elle prouve que le cinéma et la télévision algériens peuvent rivaliser avec le monde arabe entier, transformer des histoires locales en succès universel et offrir une vitrine puissante aux talents et aux réalités de l’Algérie contemporaine.
Souiki Sidali
