Par S. Méhalla
Un crime de guerre à Ghaza. Un autre en Iran. Des enfants sous les décombres et un monde qui détourne les yeux.
À mesure que les frappes se multiplient et que les morts s’accumulent, une question terrible s’impose :que vaut encore l’ordre international si la barbarie peut s’exercer sans limite ni sanction ?
Il est des moments où l’histoire se retourne contre la conscience humaine. Nous en vivons un. À Ghaza hier, en Iran aujourd’hui, des enfants meurent sous les bombes. Des écoles deviennent des cibles, des cartables, des épitaphes, et les cris des survivants se perdent dans l’indifférence des chancelleries.
Un crime de guerre ici, un autre là. La cadence est devenue presque administrative. On tue, on déplore, on publie un communiqué, puis l’actualité passe à autre chose. Comme si la mort d’un enfant n’était plus qu’une statistique dans le grand livre cynique de la géopolitique.
Le plus terrible n’est peut-être pas la violence elle-même. L’histoire humaine en est tragiquement coutumière. Le plus terrible est l’habitude. Cette lente anesthésie morale qui transforme l’horreur en routine diplomatique.
Car, enfin, à quoi servent les grandes institutions internationales si elles restent muettes lorsque les écoles deviennent des cibles? À quoi servent les traités, les conventions, les discours solennels sur les droits de l’homme si la vie d’un enfant dépend finalement du rapport de force entre puissances?
Depuis la Seconde Guerre mondiale, le monde s’est donné une architecture morale et juridique censée empêcher le retour de la barbarie. Convention de Genève, droit humanitaire, protection des civils et autant de digues érigées contre la loi du plus fort. Ces digues craquent!
Et l’on découvre avec effroi que le droit international est souvent impuissant lorsque les puissants décident de l’ignorer.
Le silence qui entoure certaines tragédies n’est pas seulement diplomatique. Il est aussi moral. Les opinions publiques se fragmentent, les indignations deviennent sélectives, et la compassion se mesure désormais à l’aune des alliances du moment.
Or il existe une vérité que nul sophisme stratégique ne devrait obscurcir. Un enfant reste un enfant, qu’il soit à Ghaza, à Minab, à Kiev ou ailleurs. La mort d’un seul d’entre eux devrait suffire à faire trembler la conscience du monde.
Lorsqu’une civilisation devient incapable de protéger l’enfance, elle révèle une faillite plus profonde que toutes les crises économiques ou militaires. Elle révèle la corrosion de son humanisme.
La question posée aujourd’hui n’est donc pas seulement juridique ou diplomatique. Elle est existentielle. Si l’ordre international ne peut empêcher que les guerres frappent les écoles, alors cet ordre doit être repensé. Radicalement.
Une humanité qui tolère que des missiles s’abattent sur des salles de classe ne peut plus prétendre incarner la raison, la civilisation ou le progrès.
Et l’histoire nous enseigne que les civilisations ne meurent pas toujours sous les coups de leurs ennemis.
Parfois, de leur silence.
S.M
