Ils s’y cassent les dents depuis 1830. Et pourtant, chaque génération de dirigeants français croit pouvoir rejouer la même pièce.
L’Algérie, pour eux, reste ce terrain fantasmé où la France pourrait prouver qu’elle compte encore dans le jeu mondial. Jean-Luc Mélenchon vient de le dire avec la brutalité qu’impose la vérité : «L’Algérie est le mirage mortel des rêves de puissance des dirigeants français».
Ce mirage est un poison. Il nourrit des réflexes coloniaux hérités d’un autre siècle, entretient une arrogance diplomatique et empêche Paris de voir le Maghreb tel qu’il est : un espace stratégique où la France n’est plus le centre de gravité.
L’invasion de 1830, la colonisation, puis la guerre d’indépendance… La France a laissé en Algérie une cicatrice profonde — et en a gardé une elle-même. Cette blessure n’a jamais été refermée dans les couloirs du pouvoir.
D’où cette tentation audacieuse, récurrente, de «recadrer» Alger comme on sermonnerait un ancien département récalcitrant.
Résultat : à chaque crise, Paris ressort la boîte à outils de la domination : pression diplomatique, sanctions symboliques, rappels de l’histoire… en oubliant que cette histoire est précisément ce qui empêche toute relation apaisée.
Dernier exemple : reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, réduction des visas, attaques verbales… Paris pense marquer des points !
Quelle bêtise ! En réalité, la France s’isole encore plus. Alger réagit vite : gel de coopérations, rapprochement accéléré avec Rome, Pékin, Moscou et Washington sur certains dossiers énergétiques.
Le mirage mortel, c’est ça : croire qu’on frappe fort alors qu’on creuse sa propre tombe diplomatique.
Dans un Maghreb en recomposition, l’Algérie a les cartes : gaz, pétrole, influence africaine, position géostratégique.
Perdre Alger, c’est perdre un accès privilégié au Sahel, affaiblir ses approvisionnements énergétiques et offrir à ses concurrents un boulevard.
Quelle bêtise, encore !
La France n’a pas les moyens de jouer contre l’Algérie, il faut que Paris l’admette pour que les deux pays puissent avancer.
Elle, la France, n’a pas non plus le luxe d’une guerre froide au sud de la Méditerranée. Mélenchon le martèle : «Il n’y a pas d’avenir durable pour la France sans ou contre le Maghreb».
Ceux qui croient le contraire s’accrochent à un mirage… et se condamnent à la soif. La messe est dite.
Samir Méhalla
