Lahbabi l’avait résumé en une formule fulgurante : les sociétés passent du clos à l’ouvert par le travail. Non par les slogans, non par les miracles, mais par cet effort continu qui transforme le monde et, en même temps, transforme l’homme.
Rien n’est plus actuel pour l’Algérie. Nous vivons encore trop souvent dans ce «clos» que Lahbabi décrivait : un espace figé, où l’on se satisfait du minimum, où l’on se méfie du professionnel, où l’on préfère contourner plutôt que maîtriser, attendre plutôt que construire.
La rente a installé des réflexes de passivité, elle a parfois desséché l’ambition. Mais aucun pays ne s’est jamais hissé au rang des nations fortes en refusant la culture du travail.
Le monde d’aujourd’hui ne cautionne plus l’à-peu-près : il avance vite, très vite, à la vitesse des compétences. Le véritable capital d’un pays n’est plus pétrolier mais humain. Il ne se mesure pas à ses gisements mais à ses qualifications.
Plus un peuple est formé, discipliné, créatif, plus il devient maître de son destin. Le reste n’est que littérature politique.
Travailler n’est pas s’épuiser : c’est se dignifier. Se qualifier n’est pas un luxe : c’est un devoir national. La véritable indépendance, celle qui ne dépend ni des cours du baril ni des humeurs géopolitiques, naît d’un peuple qui sait produire, inventer, réparer, anticiper. Un peuple compétent devient imprenable.
Lahbabi avertit : une société close vit repliée, défensive, craintive. Une société ouverte s’élève, dialogue, crée, s’impose.
Le passage de l’une à l’autre ne se décrète pas… il se conquiert. Cela exige de rompre avec le fatalisme, de refuser l’amateurisme, de réhabiliter l’effort et le mérite, de considérer la formation comme une arme stratégique.
L’Algérie n’a pas à copier qui que ce soit. Elle doit simplement redevenir elle-même : une nation qui, dans son histoire, n’a jamais reculé devant la difficulté. Le XXIᵉ siècle sera impitoyable pour les pays qui ne travaillent pas, mais généreux pour ceux qui osent.
Il est temps de passer du clos à l’ouvert. Non pour entrer dans le monde, mais pour enfin y prendre notre place.
S. Méhalla
